Art visuel, pouvoir, histoire nationale, enjeux navals, les artistes témoignent toujours de l’évolution du monde maritime. Grâce à de nombreux prêts, voici donc, contée et illustrée par les œuvres des artistes, l’histoire navale et militaire de la France et celle des peintres officiels ; 400 ans de Marine Française, du XVIIe siècle au XXe siècle, à découvrir du 13 mai au 2 août 2026, au Musée national de la Marine, à Paris, place du Trocadéro.
L’exposition La Marine & les peintres, quatre siècle d’art est accompagnée du 46e Salon de la Marine sur le thème « 400 ans d’art et de combat ».

LA MARINE ET LES PEINTRES : ART ET POUVOIR
Au XVIIe siècle, Louis XIII choisit d’asseoir le pouvoir royal avec la maîtrise des mers qu’il confie à Richelieu. La flotte française doit s’affirmer, se développer pour faire face aux découvertes faites par l’Espagne, et le Portugal, mais aussi aux grandes flottes de l’époque, anglaise, vénitienne, ottomane et hollandaise. Richelieu choisira des officiers issus de l’Ordre de Malte, comme le duc de Beaufort et Jean-Paul de Saumeur dit le chevalier Paul (portrait anonyme de 1667).

L’Académie royale de peinture et de sculpture réunit des peintres « pour les mers« , tel Matthieu de Plattemontagne en 1648, originaire d’Anvers.


Louis XIV à la mort de Mazarin (en 1661) nomme ministre Jean-Baptiste Colbert (1650-1702) qui succède au duc de Beaufort, à sa mort en 1669, comme secrétaire d’État à la Marine. Il va s’affirmer comme le gardien des intérêts maritimes français avec l’essor des compagnies de commerce et de la flotte de guerre. Le cardinal Mazarin avait remarqué Jean-Baptiste de La Rose qui sera nommé » maître peintre entretenu par le Roy » en 1667. Avec son fils ils exécutent des décors intérieurs de vaisseaux. Entre 1670 et 1680, cinquante-cinq peintres travaillent à l’Arsenal de Toulon.

La Révolution n’est pas une grande période pour notre Marine qui fait face aux Anglais. Théodore Géricault présente au salon de 1819, Le Radeau de la Méduse qui a fait naufrage devant les côtes de Mauritanie. La 4e esquisse est présentée ici prêtée par le Musée d’Angers. La pièce de théâtre : « Les secrets de la méduse, » texte de Geoffrey Callènes et Antoine Guiraud ; mise en scène d’Antoine Guiraud ; production du Théâtre du Ranelagh sera présentée le 4 juin à 21h, à l’auditorium du Musée, sur réservation : « Unité de temps, de lieu et d’action, nous allons raconter Géricault à la recherche de la meilleure manière de peindre son tableau... la succession d’évènements tragiques qui conduisirent à ce terrible naufrage. »

Peintre de la Marine à partir de 1817, Louis Ambroise Garneray parcourt les façades maritimes, réalise cet ensemble peint, présenté ici qui sera ensuite gravé. Il a été Corsaire et fait prisonnier en 1806 durant 7 ans sur les pontons Anglais.

Horace Vernet (1789-1863) a été un des grands noms de la peinture militaire.
Il a suivi l’enseignement de son père Carle Vernet ami de Théodore Géricault.
Membre de l’Institut en 1826, il sera directeur de l’Académie de France à Rome, de 1829 à 1835.
Il se rendra à Alger en 1833, à la demande de Louis-Philippe. Il va dessiner et peindre, l’Afrique du Nord, les conquêtes françaises l’Algérie, le Maroc, mais aussi l’Egypte. Il retournera souvent en Afrique du Nord.
En 1833, l’Intendance sanitaire de Marseille lui commande de représenter l’épisode de choléra à bord de La Melpomène.
Du 30 juin au 2 juillet, la frégate partie de Brest, en direction d’Alger fait escale pour se ravitailler, à Lisbonne, où sévit le choléra. Le choléra est transmis au bâtiment, même si des malades restent à Lisbonne.
Le bateau n’ira pas à Alger. Il regagne Toulon en 11 jours. Le vaisseau et l’équipage sont dans la rade en quarantaine. Les morts sont évacués, les malades soignés à bord.
Le 20 juillet, un mousse atteint et un matelot suspect sont dirigés, vers le Lazaret de Saint-Mandrier suivi par l’équipage le 24 juillet. Ils ne sortiront qu’en septembre.
L’épidémie touchera Toulon en 1835. Dans son tableau, l’artiste a mis en lumière la peur du mousse, dans cette scène cruelle où l’on voit un cadavre sorti de la cale, et l’inquiétude de l’équipe qui entoure le médecin du bord. Un tableau d’une grande véracité.
L’empereur Napoléon III, de son séjour en Angleterre, a rapporté le goût des techniques d’avant-garde comme « la vapeur » utilisée lors de la guerre de Crimée et d’autres évolutions en matière de constructions navales.

C’est ainsi que la frégate cuirassée : Le Magenta conçu par l’ingénieur Dupuy de Lôme (1816-1885) patron de la construction navale de 1856 à 1869, a été conçue à Brest de 1859 à 1861. Sa coque est en bois recouverte d’un blindage constitué de plaques d’acier. Elle faisait 92 mètres de long et 17 de large. De retour de mission à Tunis, elle prend feu,explose et coule dans le port de Toulon en 1875 avec des caisses d’antiquités réunies lors d’une campagne de fouilles à Carthage.
L’officier Amédée Courbet n’a pas de liens avec le peintre Gustave Courbet même si une toile est présente à proximité. L’Amiral est l’une des figure emblématique de l’expansion coloniale en Extrême-Orient, notamment l’expédition du Tonkin. Il a été chef de la division navale des côtes du Tonkin, puis du corps expéditionnaire. Durant la guerre franco-chinoise, commandant en chef de l’escadre de l’Extrême-Orient, il est à bord du Bayard et meurt du choléra en rade du Makung.



Le 46e Salon de la Marine a pour thème « 400 ans d’Art et de combat«

Le salon est co-organisé par la Marine Nationale avec le Centre d’études stratégiques de la Marine (CESM), l’Association des peintres officiels de la Marine et le Musée national de la Marine. Ils accueillent des peintres au sens large y compris les auteurs de bande dessinée comme Titouan Lamazou, des sculpteurs comme Sylvie du Plessis, des illustrateurs comme Marie Détrée, des photographes comme Jean Gaumy.


Le précédent salon a eu lieu en 2021 exceptionnellement à Brest, pendant les travaux du Musée. Il présente donc une exposition des peintres officiels en activités (POM), 84 œuvres sont réunies dont 43 sélectionnées pour le jury du concours. Le titre officiel a plusieurs fois changé.

Depuis 1981, leur titre est : » Peintre des armées, spécialité Marine« . Les candidats choisis sont proposés au ministre des Armées par le jury du Salon. Devenus officiers, ils peuvent porter l’uniforme sans galon et embarquer sur les pavillons de la Marine nationale. Ils sont agréés durant 3 ans renouvelables. Après trois agréments successifs, ils seront titulaires. Ils peuvent ajouter l’ancre de marine à leur signature.

Parmi eux le cinéaste Jacques Perrin décédé en 2022 à 80 ans.


400 ans entre histoire

Et modernité

Les 400 ans de l’Histoire de la Marine sont à découvrir.
Musée de la Marine, place du Trocadéro (Paris 16e)
Tarif plein : 15 euros autres tarifs à voir sur le site du musée.
Ouvert de 11h à 19h, sauf le mardi, nocturne jusqu’à 22H le premier jeudi du mois.
Parallèlement est proposée, pour la première fois une thématique en réseau : L’Appel des profondeurs avec 5 expositions différentes qui sont à découvrir dans les sites du musée national de la Marine. 1ère exposition à Port-Louis, du 22 mai au 15 novembre 2026, à propos des inventions d’Henri Dupuy de Lôme.


