Beaux-Arts

Et si… Le Musée national de la Marine nous contait 400 ans d’histoire navale vue par les peintres ?

Art visuel, pouvoir, histoire nationale, enjeux navals, les artistes témoignent toujours de l’évolution du monde maritime. Grâce à de nombreux prêts, voici donc, contée et illustrée par les œuvres des artistes, l’histoire navale et militaire de la France et celle des peintres officiels ; 400 ans de Marine Française, du XVIIe siècle au XXe siècle, à découvrir du 13 mai au 2 août 2026, au Musée national de la Marine, à Paris, place du Trocadéro.

L’exposition La Marine & les peintres, quatre siècle d’art est accompagnée du 46e Salon de la Marine sur le thème « 400 ans d’art et de combat ».

Le directeur du Musée national de la Marine Thierry Gausseron a suivi pas à pas l’installation de l’exposition assurant la présidence du comité scientifique avec la directrice adjointe Marion Veyssière.

LA MARINE ET LES PEINTRES : ART ET POUVOIR

Au XVIIe siècle, Louis XIII choisit d’asseoir le pouvoir royal avec la maîtrise des mers qu’il confie à Richelieu. La flotte française doit s’affirmer, se développer pour faire face aux découvertes faites par l’Espagne, et le Portugal, mais aussi aux grandes flottes de l’époque, anglaise, vénitienne, ottomane et hollandaise. Richelieu choisira des officiers issus de l’Ordre de Malte, comme le duc de Beaufort et Jean-Paul de Saumeur dit le chevalier Paul (portrait anonyme de 1667).

Première salle, premiers combats : Richelieu est représenté en Hercule Triomphateur (1634, par Claude Vignon). Le siège de La Rochelle, 1627-1628, sera une grande victoire, du Roi et du Cardinal contre les Protestants et les Anglais ; à voir, les gravures de Jacques Callot, la grande toile du hollandais Adriaen Van der Cabel, 1628 ; mais aussi la commande à Claude Vignon du Ravitaillement de l’Île de Ré par Claude de Razilly en 1627.

L’Académie royale de peinture et de sculpture réunit des peintres « pour les mers« , tel Matthieu de Plattemontagne en 1648, originaire d’Anvers.

Sous Louis XIV, le langage allégorique maritime inspire les décors de Charles Le Brun et Pierre Mignard au Louvre et à Versailles.
A gauche, Le Corsaire Jean Bart (portrait de Mathieu Elias) ; à droite, le Ministre Colbert (portrait anonyme)

Louis XIV à la mort de Mazarin (en 1661) nomme ministre Jean-Baptiste Colbert (1650-1702) qui succède au duc de Beaufort, à sa mort en 1669, comme secrétaire d’État à la Marine. Il va s’affirmer comme le gardien des intérêts maritimes français avec l’essor des compagnies de commerce et de la flotte de guerre. Le cardinal Mazarin avait remarqué Jean-Baptiste de La Rose qui sera nommé  » maître peintre entretenu par le Roy » en 1667. Avec son fils ils exécutent des décors intérieurs de vaisseaux. Entre 1670 et 1680, cinquante-cinq peintres travaillent à l’Arsenal de Toulon.

Le commissaire de l’exposition Bertrand de Sainte-Marie, nous présente deux portraits d’officiers Louis Philippe de Rigaux comte de Vaudreuil (1691-1763) et l’autoportrait de Joseph Ducreux (1735-1802) en costume d’officier, alors qu’il ne l’était pas ? Avec lui nous changeons d’époque. Il a peint la cour, avant de peindre les personnalités de la Révolution, notamment Robespierre. Il reste connu pour ses autoportraits grimaçants.

La Révolution n’est pas une grande période pour notre Marine qui fait face aux Anglais. Théodore Géricault présente au salon de 1819, Le Radeau de la Méduse qui a fait naufrage devant les côtes de Mauritanie. La 4e esquisse est présentée ici prêtée par le Musée d’Angers. La pièce de théâtre : « Les secrets de la méduse, » texte de Geoffrey Callènes et Antoine Guiraud ; mise en scène d’Antoine Guiraud ; production du Théâtre du Ranelagh sera présentée le 4 juin à 21h, à l’auditorium du Musée, sur réservation : « Unité de temps, de lieu et d’action, nous allons raconter Géricault à la recherche de la meilleure manière de peindre son tableau... la succession d’évènements tragiques qui conduisirent à ce terrible naufrage. »

La flotte française se rendant de Cherbourg à Brest (Théodore Gudin, 1858). On aperçoit, sur la droite, la série de vues des côtes de France de Louis Ambroise Garneray (1783-1857).

Peintre de la Marine à partir de 1817, Louis Ambroise Garneray parcourt les façades maritimes, réalise cet ensemble peint, présenté ici qui sera ensuite gravé. Il a été Corsaire et fait prisonnier en 1806 durant 7 ans sur les pontons Anglais.

Le Contre-Amiral David Samson, président du jury du 46e salon de la Marine, commandant du pôle Écoles Méditerranée, attire notre attention sur : Le choléra à bord de La Melpomène (1834, Horace Vernet).

Horace Vernet (1789-1863) a été un des grands noms de la peinture militaire.

Il a suivi l’enseignement de son père Carle Vernet ami de Théodore Géricault.

Membre de l’Institut en 1826, il sera directeur de l’Académie de France à Rome, de 1829 à 1835.

Il se rendra à Alger en 1833, à la demande de Louis-Philippe. Il va dessiner et peindre, l’Afrique du Nord, les conquêtes françaises l’Algérie, le Maroc, mais aussi l’Egypte. Il retournera souvent en Afrique du Nord.

En 1833, l’Intendance sanitaire de Marseille lui commande de représenter l’épisode de choléra à bord de La Melpomène.

Du 30 juin au 2 juillet, la frégate partie de Brest, en direction d’Alger fait escale pour se ravitailler, à Lisbonne, où sévit le choléra. Le choléra est transmis au bâtiment, même si des malades restent à Lisbonne.

Le bateau n’ira pas à Alger. Il regagne Toulon en 11 jours. Le vaisseau et l’équipage sont dans la rade en quarantaine. Les morts sont évacués, les malades soignés à bord.

Le 20 juillet, un mousse atteint et un matelot suspect sont dirigés, vers le Lazaret de Saint-Mandrier suivi par l’équipage le 24 juillet. Ils ne sortiront qu’en septembre.

L’épidémie touchera Toulon en 1835. Dans son tableau, l’artiste a mis en lumière la peur du mousse, dans cette scène cruelle où l’on voit un cadavre sorti de la cale, et l’inquiétude de l’équipe qui entoure le médecin du bord. Un tableau d’une grande véracité.

L’empereur Napoléon III, de son séjour en Angleterre, a rapporté le goût des techniques d’avant-garde comme « la vapeur » utilisée lors de la guerre de Crimée et d’autres évolutions en matière de constructions navales.

Napoléon III s’implique dans la marine de guerre. En haut à gauche, la frégate cuirassée : Le Magenta (peint par Jean-Baptiste Henri-Durand )

C’est ainsi que la frégate cuirassée : Le Magenta conçu par l’ingénieur Dupuy de Lôme (1816-1885) patron de la construction navale de 1856 à 1869, a été conçue à Brest de 1859 à 1861. Sa coque est en bois recouverte d’un blindage constitué de plaques d’acier. Elle faisait 92 mètres de long et 17 de large. De retour de mission à Tunis, elle prend feu,explose et coule dans le port de Toulon en 1875 avec des caisses d’antiquités réunies lors d’une campagne de fouilles à Carthage.

L’officier Amédée Courbet n’a pas de liens avec le peintre Gustave Courbet même si une toile est présente à proximité. L’Amiral est l’une des figure emblématique de l’expansion coloniale en Extrême-Orient, notamment l’expédition du Tonkin. Il a été chef de la division navale des côtes du Tonkin, puis du corps expéditionnaire. Durant la guerre franco-chinoise, commandant en chef de l’escadre de l’Extrême-Orient, il est à bord du Bayard et meurt du choléra en rade du Makung.

Le retour des cendres de L’Amiral Amédée Courbet (Emile Mathon en 1885).
Pour Léon Couturier (1842-1935), l’esthétique de la peinture militaire s’incarne dans les marins (peintures de 1910 et 1914).
Paul Jobert (1863-1942), nommé peintre officiel de la Marine en 1891, peint le « Lâcher de pigeons militaires à bord d’un torpilleur, dans la Manche » 1895 (photo : musée national de la Marine)

Le 46e Salon de la Marine a pour thème « 400 ans d’Art et de combat« 

(de gauche – droite) Le commissaire de l’exposition et du salon Bertrand de Sainte-Marie conservateur en chef du patrimoine, chef du service de la conservation du musée national de la Marine, le Contre-amiral David Samson membre du comité scientifique et président du jury du 46e salon de la Marine ; Jacques Rouhaut président de l’association des Peintres officiels de la Marine et Thierry Gausseron directeur du musée national de la Marine ont présenté l’exposition suivie du salon.

Le salon est co-organisé par la Marine Nationale avec le Centre d’études stratégiques de la Marine (CESM), l’Association des peintres officiels de la Marine et le Musée national de la Marine. Ils accueillent des peintres au sens large y compris les auteurs de bande dessinée comme Titouan Lamazou, des sculpteurs comme Sylvie du Plessis, des illustrateurs comme Marie Détrée, des photographes comme Jean Gaumy.

Vidéogramme de Jean Gaumy à bord du SNA, sous-marin nucléaire d’attaque, Perle en mission secret-défense Arctique 2005.
Nicolas Vial, peintre officiel de la Marine depuis 2008.

Le précédent salon a eu lieu en 2021 exceptionnellement à Brest, pendant les travaux du Musée. Il présente donc une exposition des peintres officiels en activités (POM), 84 œuvres sont réunies dont 43 sélectionnées pour le jury du concours. Le titre officiel a plusieurs fois changé.

Jacques Rohaut, un POM, le président de l’association des Peintres Officiels de la Marine.

Depuis 1981, leur titre est :  » Peintre des armées, spécialité Marine« . Les candidats choisis sont proposés au ministre des Armées par le jury du Salon. Devenus officiers, ils peuvent porter l’uniforme sans galon et embarquer sur les pavillons de la Marine nationale. Ils sont agréés durant 3 ans renouvelables. Après trois agréments successifs, ils seront titulaires. Ils peuvent ajouter l’ancre de marine à leur signature.

Hommage aux huit disparus

Parmi eux le cinéaste Jacques Perrin décédé en 2022 à 80 ans.

Jacques Perrin, Peintre de la Marine, cinéaste, image du film Océans (requin blanc et plongeur), reproduction d’un tirage photo, autorisation Galatée films.
La liste des Peintres officiels de la Marine, de 1830 à 2021.

400 ans entre histoire

La mer toujours recommencée… (Paul Valérie)

Et modernité

Travaux présentés par des candidats désireux de devenir peintre officiel de la Marine.

Les 400 ans de l’Histoire de la Marine sont à découvrir.
Musée de la Marine, place du Trocadéro (Paris 16e)
Tarif plein : 15 euros autres tarifs à voir sur le site du musée.
Ouvert de 11h à 19h, sauf le mardi, nocturne jusqu’à 22H le premier jeudi du moi
s.

Parallèlement est proposée, pour la première fois une thématique en réseau : L’Appel des profondeurs avec 5 expositions différentes qui sont à découvrir dans les sites du musée national de la Marine. 1ère exposition à Port-Louis, du 22 mai au 15 novembre 2026, à propos des inventions d’Henri Dupuy de Lôme.

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