Association du patrimoine

L’atelier des barques participe à Paulilles, à l’avenir d’une mémoire

Vue de l’anse. Depuis la Vigie qui a remplacée le château d’eau de la dynamiterie.

Août 2018, près de Port-Vendres, sur la côte catalane, la côte Vermeille, dans les Pyrénées-Orientales.

Si comme nous, vous venez pour la première fois sur le site de l’ancienne dynamiterie de Paulilles, vous serez tout d’abord étonnés. Paul Barbe l’associé d’Alfred Nobel a ouvert l’usine loin de Paris sur ordre de Léon Gambetta, en 1870,

Vous allez croiser, des estivants en maillots de bain. Tous les chemins, en sous-bois ou par la prairie, mènent vers l’anse de sable fin… vers un lieu de baignade très couru installé dans un cadre exceptionnel. Depuis 2006, au pied des Albères, sur les coteaux qui abritent la culture des vignes en terrasse, l’anse naturelle de Paulilles est classée « Grand Site ».

Cette anse accueillait à la fin du XIXe siècle les bateaux de la dynamiterie. Le Rifle fut le tout premier, suivi de l’Amazone, le Diligent, la Mathilde, le Prolétaire, la Germaine. Ils assuraient l’approvisionnement en matières premières : acides, nitroglycérine, poudres absorbantes… Ils acheminaient la production de dynamite vers leurs destinataires dans le monde entier. Le transport s’est aussi fait par le chemin de fer. Sur le site un réseau de rails et de petits wagonnets poussés par des ouvriers chaussés de sabots de bois ou de vigatanes (espadrilles) assuraient les échanges d’un atelier à l’autre afin de limiter le risque d’explosion.

Encore des bateaux, depuis 2010

Bateau en attente…

Le premier mode de transport de la dynamite était maritime. Il est donc logique d’avoir intégré dans ce projet patrimonial, paysager, industriel et régional l’atelier des barques.

L’atelier de restauration des barques catalanes a trouvé là l’espace qui lui convient. Blotti contre le Cap Sud, il participe à la mission du patrimoine maritime, créé dès 2002. Il a pour vocation l’inventaire, la conservation/restauration, la valorisation du patrimoine maritime du nord-catalan.

On y rend aux barques méditerranéennes leur aspect d’origine. Elle pourront ensuite être à nouveau mises à flot.

A voir à l’étage, l’exposition de dessin de Marc Dejoux

Au Hameau, à l’ombre de la seule cheminée conservée, le bâtiment sur deux niveaux accueille dans sa partie basse l’espace de restauration. La partie haute avec une passerelle offre aux visiteurs un point de vue privilégié, un espace de documentation et d’exposition.

Deux permanents animent l’atelier, Samuel Villevieille responsable de l’atelier et le charpentier de marine Jeremy Thiel. Le jour de notre visite participait également au travail de restauration sur les bordées du Charlemagne (1948) Cedric Joule.

Samuel Villevieille responsable de l’atelier et de dos Cedric Joule

Cedric Joule travaillant sur les bordées

A l’étage la passerelle surplombe la partie atelier et offre une vue d’ensemble.

 

Le Charlemagne

 

Une barque de pêche de type Sardinal construite en chêne, platane et pin, en 1948, à Sète dans les chantiers R. Cammarota est en restauration.

Ce bateau Le Charlemagne est acheté par un pêcheur de Collioure, dans les années 50; vendu à la commune de Canet-en-Roussillon, en 1983, il est devenu « Portus Canetus ».

En 2003, l’association « les Amis de Charlemagne » lui a redonné son nom. Après sa restauration, il devrait retrouver la mer.

Jeremy Thiel charpentier de marine découpant une planche de la coque, « une bordée » pour Le Charlemagne

Le bois sèche au soleil. Production locale de pin et chêne vert.

L’atelier emploie des bois locaux, en majorité du chêne vert pour l’ossature du bateau et du pin sylvestre pour l’habillage. Si aucun plan n’est disponible pour la restauration d’un bateau, ils utilisent des gabarits de bateaux similaires. L’atelier met son installation et ses équipements à disposition des associations qui ont besoin de restaurer et réparer leurs bateaux. Il a également une mission de formation et d’information.

Pour nous, cette activité faisait écho au travail d’Amerami, l’association liée au Musée de la Marine, à Paris. Les Nautes de Paris ont eu la chance de naviguer sur le canal Saint-Martin à bord d’un de leurs bateaux restauré et chouchouté, La Vigie. Cette chaloupe à vapeur appartenait à la brigade fluviale de la préfecture de police de Paris, sous le préfet Lépine. Des membres d’Amerami sont tout naturellement venus visiter l’atelier des barques de Paulilles, avec un vif intérêt.

Et le site industriel Nobel, qu’en reste-t-il ?

A Paulilles, la société Nobel Explosifs France a également travaillé sur le placage des métaux.

La dynamiterie, créée en période de guerre pour suppléer à l’insuffisance de l’armement militaire, a vu sa mission s’achever en 1872. L’activité a repris en 1875 avec la création de la Société générale pour la fabrication de dynamite (puis la Société Centrale de Dynamite SCD cotée en Bourse). Cette société civile était autorisée à produire pour des travaux publics, des exploitations minières et des carrières.

Au sein de la dynamiterie originelle, 4 alvéoles avec chacune une maquette constituent l’espace muséographie de plein air. Au sol, une portion de rails a été conservée. La maquette de l’usine avant sa fermeture permet de juger de la densité des installations à l’époque.

 

Dès 1873, le savant Alfred Nobel s’était installé à Paris, 53 avenue Malakoff, devenu le n°59 en 1891. En 1936, la partie entre l’Etoile et l’avenue Foch deviendra l’avenue Raymond Poincaré. A Paris mais aussi à Sevran, le chimiste a poursuivi ses recherches et fait évoluer la production de la dynamite, à Paulilles. Avec son associé Paul Barbe directeur et fondateur de Paulilles, ils ont créé de nombreuses sociétés dans le monde. Leurs explosifs ont participé, notamment, au percement du canal de Suez et à celui de Panama.

Visite sous la conduite de l’historienne Edwige Praca. Nous sommes ici devant un bloc de lave venu du Massif Central. Il était utilisé pour filtrer l’acide sulfurique (photo Laure Vila).

En 1984, La dynamiterie de Paulilles a fermé ses portes. En 1991, la société nationale des poudres et explosifs a définitivement fermé les installations où elle conduisait, encore, quelques expériences. La friche industrielle particulièrement « explosive » est restée à l’abandon quelques années. La nature a repris ses droits et on peut remarquer d’immenses figuiers qui ont pris de l’embonpoint au fil du temps. Tout comme les plantes du jardin du directeur, au pied de la maison du site. Celles-ci évoquent les voyages de la dynamite en Amérique du Sud, en Amérique centrale, en Afrique du Nord et en Océanie. Les plantes faisaient le voyage de retour sur les bateaux.

En 1998, La direction du Conservatoire du Littoral a acheté le site avec le soutien du Conseil départemental. Le site a été entièrement réorganisé en s’appuyant sur sa dimension environnementale. Nettoyée la friche industrielle, ôtées les rails, détruits plus de soixante dix ateliers en surface et en sous-sol, ainsi que les habitats, les jardins, l’école, l’infirmerie pour les ouvriers qui ont été jusqu’à 400. Ils vivaient là en parfaite autarcie. Le terrain en pleine transformation a du alors ressembler à un champ de bataille, sous le dernier choc de la dynamite.

Seuls neufs bâtiments ont été conservés, restaurés et sont à découvrir ; 23 hectares ont été ouverts au public en 2008. Paulilles site classé fête, en 2018, les 10 ans de son nouveau départ avec des expositions thématiques et un spectacle (le dimanche 15 septembre, à 15h). L’accès au site sera gratuit à l’occasion des Journées européennes du Patrimoine (les 15 et 16 septembre, de 9h à 19h). Des visites guidées seront proposées. A noter, le dimanche à 11h30, une conférence de l’historienne Edwige Praca auteur du livre Paulilles, l’avenir d’une mémoire, une causerie illustrée : « Aux origines de Paulilles, de l’espace rural à l’usine ».

Pour en savoir davantage :

-Sur l’histoire de la dynamiterie Nobel de Paulilles, connectez-vous sur le site animé par l’historienne Edwige Praca : http://www.amis-de-paulilles.fr/

-A propos de l’atelier des barques et de la restauration du Charlemagne http://www.ledepartement66.fr/54-le-patrimoine-maritime.htm#par30338

-A propos d’Alfred Nobel à Paris: Alfred Nobel’s House in Paris. NobelPrize.org. Nobel Media AB 2018. Thu. 23 Aug 2018. <https://www.nobelprize.org/alfred-nobel/alfred-nobels-house-in-paris/

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