
Le 27 janvier 2001, Francis Lemarque donnait son dernier concert à Viarmes dans le Val d’Oise.
En ces derniers jours de janvier 2026, Les Nautes de Paris ont choisi de vous parler d’un poète oublié, Francis Lemarque.
Il a joué un rôle important dans l’après-guerre et son nom est attaché aux chansons de Paris.
Francis Lemarque est le pseudonyme de Nathan Krob.
Ses parents de familles juives avaient fui la Russie.
Il est né le 25 novembre 1917, à Paris, rue de Lappe, au-dessus du Bal des Trois colonnes, bercé au son de l’accordéon.
Il fêtera ses 75 ans au Balajo, rue de Lappe.
Il est décédé le 20 avril 2002, à la Varenne-Saint-Hilaire, commune de Saint-Maur-des-Fossés.


Il a fait de la course à pied, sifflé et chanté dans les rues des succès populaires de l’époque comme Les papillons de nuit.
Il a fait du théâtre et chanté lors de rencontres pendant le Front populaire, comme à la fête de l’Humanité (créée en 1930) ou à la Mutualité.

Louis Aragon les a conseillés. Il baptise, en 1934, le duo créé avec son frère : Les frères Marc. Il l’accompagne et se produit dans les usines en grèves.
Il fera des tournées avec le groupe Octobre et Jacques Prévert rencontré lors d’un spectacle au studio Japy. Le poète le présentera aux habitués du Flore, à Saint-Germain.
Le futur Francis Lemarque va nouer des amitiés durables comme avec Joseph Kosma qui lui donnera des cours de chants et son épouse Lily des cours de piano.
Il l’accompagnera quand il fera ses débuts au cabaret.

1940, à Marseille, il achète sa première guitare à un jeune malgache démilitarisé qui veut rentrer chez lui. Jacques Canetti (directeur de production de Polydor puis de Philips jusqu’en 1962) le découvre et l’emmène en tournée en Afrique du Nord avec Django Reinhardt. Il n’a pas encore écrit de chanson. Il sera résistant puis finira la guerre sous les ordres du général de Lattre de Tassigny.
L’interprète devient auteur-compositeur à la Libération


Il retrouve Saint-Germain-des-Prés, les copains. En 1946, il entend Yves Montand au Club des cinq, rue du faubourg Montmartre. il décide de lui écrire des chansons. Ce sont ses premiers textes. Il lui faut un avis professionnel. Il va les chanter d’abord à Jacques Prévert qui, le jour même, l’envoie chez Montand auquel il va présenter : Ma douce Vallée, Bal petit Bal, Le tueur affamé, A Paris ... Le courant passe, le succès est là. Il sera son auteur pendant 10 ans pour une trentaine de chansons. Cette année là, il rencontre sa femme Ginny. Ses chansons vont passer à la radio.
Nathan Krob est devenu Francis Lemarque, auteur-compositeur interprète membre de la Sacem, dès 1948. Il va enregistrer plus de 400 chansons. Il recevra le grand prix du disque Charles-Cros en 1951, 1973, 1982, 1989.
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Il chante Paris, ses guinguettes, les voyous qu’il a cotoyés rue de Lappe, il est pacifiste… Dans les cabarets de Saint-Germain-des-Prés, il côtoie Boris Vian. Il chantera au Caveau de la République (créé dès 1901) ; aux Trois Baudets ouvert par Jacques Canetti, dès 1947, comme le cabaret-théâtre La Rose rouge rue de la Harpe puis rue de Rennes, à l’Échaudé… Durant cinq ans, il passe à l‘échelle de Jacob cabaret ouvert en 1948 et au Colleg’Inn boulevard Raspail pendant les travaux. Il passera à la Fontaine des quatre saisons, cabaret-théâtre ouvert en 1951…
Il a eu une chambre à Montparnasse, dans un hôtel où vécurent Sartre et Beauvoir pendant la guerre. Avec sa femme Ginny, ils s’installeront dans le 9e., rue Buffault.
Les artistes n’hésitent pas à monter les six étages à pied, où il a un piano. Passeront chez lui, entre autres, Patachou, Georges Brassens, Juliette Gréco, Annabelle, Henri Salvador, Marcel Amont… Pierre Delanoë lui rendra visite pour des conseils.
Il a retrouvé Renée Lebas en 1952 qui enregistrera A Paris, l’Air de Paris, Toi tu n’ressembles à personnes, Où vont les fleurs… (Where have all the flowers gone ? de Pete Seeger, 1955), un texte traduit avec René Rouzaud enregistré en 45 tours chez La voix de son maître, en français par Marlène Dietrich, en 1962. Ses chansons voyagent comme deux grands succès au Canada : Le temps du muguet (1953) et Le petit cordonnier (1955).


A partir de 1954, avec les enfants, il vit à la Varenne-Saint-Hilaire.
Il s’associe un temps avec l’Américain Rudi Revil qui a repris un fond d’édition sur les boulevards devenu les éditions Tropicales, c’est la période de La grenouille, Marjolaine, Le Petit cordonnier. Il rencontrera Francis Carco qui lui laissera quatre textes inédits qu’il mettra en musique, comme « Le bar du dernier verre» pour lequel il obtiendra le prix de la critique de la Rose d’Or à Antibes en 1965.
Pacifiste, son succès : Quand un soldat (1952) chanté par Yves Montand sera censuré en 1953. La chanson a été écrite pendant la guerre d’Indochine. Elle ne passera ni à la radio ni à la télévision.

Dans le film Les sentiers de la gloire (1957), Stanley Kubrick fait chanter l’original de Marjolaine, Der Treue Husa, par Susanne Christina. Le film est interdit de diffusion en France de 1957 à 1975. La chanson qu’il a adaptée en français est devenue, un de ses grands succès : Marjolaine (1957).
1958, il est à l’Olympia avec Paul Anka et Colette Renard. 1972, Il est en première partie de Jean Ferrat au Palais des Sports. En 1988, il participe au printemps de Bourges. 1989, il est en haut de l’affiche à L’Olympia. Il monte une dernière fois sur les planches en janvier 2001 à Viarmes (Val-d’Oise).
Le cinéma avec Michel Legrand, Jean Gabin, Gilles Grangier, Tati…
1958, il compose pour le cinéma avec Michel Elmer la musique du film de Robert Darène : Mimi Pinson.
1960, il monte sa maison d’édition-production. Jean Gabin va lui demander d’écrire la musique du film « Les vieux de la vieille » (1960), film de Gilles Grangier (orchestration : Paul Durand).

1961, Pour Guy Lefranc, avec Michel Legrand ils réalisent la musique de Cause toujours mon lapin, avec l’acteur Eddie Constantine.
Ils peaufinent en duo les musiques des films de Jean Gabin tournés par Gilles Grangier, Le cave se rebiffe (1961) ; le Gentleman d’Epsom (1962), Maigret voit rouge (1963) mais aussi l’homme à la Buick (1968).
On le retrouve dans La guerre des boutons d’Yves Robert musique de José Berghmans, paroles de Francis Lemarque (1962 enregistré chez Philips).
Il apporte son concours à Michel Legrand pour la production des Bande originales des films de Jacques Demy, habitant du 14e arrondissement : Les Parapluies de Cherbourg (1964) et Les Demoiselles de Rochefort (1967).
Pour Jacques Tati, il écrit en 1967, la musique de Playtime, orchestration et arrangements de François Rauber, thèmes africains de James Campbel.
Il montera avec l’écrivain et scénariste Georges Coulonges la comédie Paris Populi, une fresque populaire de la vie à Paris. Il chantera avec Mouloudji, Serge Reggiani, Catherine Sauvage, Juliette Gréco, Jean Guidoni, Marcel Amont, Michel Delpech. (Prix Charles-Cros en 1973).


Sources documentaires :
son livre autobiographique : J’ai la mémoire qui flanche (Presses de la Cité, 1992).
Cette année 1992, il est fait chevalier de la Légion d’honneur, reconnaissance institutionnelle de son apport à la chanson française.
La Sacem remet chaque année des prix en novembre.
Depuis 2006 est remis, le prix Francis-Lemarque comme l’ont reçu Vianney en 2015 ou Yame en 2024.
On peut retrouver sur Youtube ses chansons, certaines qu’il interprète et d’autres chantées par ses amis mais aussi par de nombreux admirateurs.
Pour ceux qui s’intéressent à la rue de Lappe et au quartier de la Bastille Claude Dubois est un bon narrateur.


