Beaux-Arts

Valérie Belin, académicienne de la photographie sous la Coupole de l’Institut de France

Le bureau de l’Académie des beaux-arts attendant l’installation des académiciens ; le compositeur et chef d’orchestre Laurent Petitgirard secrétaire perpétuel, le photographe Jean Gaumy président pour 2026 et le peintre Jean Bustamante vice-président pour 2026

Mercredi 4 février 2026 , les Nautes de Paris invités par l’Académie des beaux-arts avaient rendez-vous sous la Coupole de l’Institut de France. Nina Childress de la section peinture prononçait le discours d’installation de Valérie Belin au 6e fauteuil de la section photographie qui fête ses 20 ans cette année. Petit tour d’horizon de la Cérémonie d’installation.

Nina Childress première femme élue, avec Tania Mouraud le 27 mars 2024, dans la section peinture a prononcé le discours d’installation de Valérie Belin dans la section photographie.

Nina Childress, face à un auditoire dense et passionné, nous a présenté l’artiste avec la passion des nouvelles recrues sous la Coupole ; son parcours personnel, sa famille, ses années de scolarité, de la littérature aux arts plastiques… Et… la photo avec « Un grand choc, La découverte de l’art minimaliste…suivi de la première remarque paternaliste d’un intervenant jugeant vos photographies de traces sur les murs : « c’est bien ça, c’est pas un travail de femme ça ! » 

Elle a poursuivi dans cette voie, avec le DNESP de l’école d’arts de Bourges, un DEA en philosophie de l’art à la Sorbonne. Elle a enseigné la photo aux Beaux-Arts à Tours ; suivi les conseils de la grande dame de la photographie Agnès Gouvion Saint-Cyr ; exposée seule, dès 1994, clichés de reflets, transparences, lumières d’objets en verre …

« Les Bodybuilders, une série emblématique… Les premiers visages que vous photographiez, posés sur ces corps extraordinaires. »  (Photo : Valérie Belin/ Académie des beaux-arts)

Les séries se sont enchainées : les vêtements, les dentelles et les robes de mariées ; les carcasses de voitures et de viande ; les culturistes aux corps bien huilés ; des portraits de toutes formes d’identités ; les mannequins de cire et les masques de la série Michael Jackson, la danse des visages… Les visages, simulacres et simulations… les superpositions, les surimpressions … Les Painted Ladies

En format monumental les Ballroom Dancers
(Photo : Valérie Belin/ Académie des beaux-arts)

Une bourse de la Villa Médicis hors les murs l’enverra, en famille, aux États-Unis en 2001, d’autres voyages et expositions suivront à travers le monde.

Autre temps fort, à partir de 2006, avec la couleur « la figure devient hybride, entre chair, icône et illusion. » La vidéo et la performance mettent en mouvement ses images « entre réel et simulacre. » L’ère numérique, entre le flux des images et les vertiges de l’IA, tourne aujourd’hui une nouvelle page de l’histoire de la photographie.

Nina Childress concluait : « Votre engagement, votre œuvre, votre intelligence et votre délicatesse vous ont conduit ici… Je me joins à mes consœurs et confrères pour vous souhaiter chaleureusement la bienvenue parmi nous. Ça va être super. »

Un auditoire attentif aux propos de la photographe Valérie Belin (Photo Edouard Brane)
Valérie Belin commandeur des Arts et des Lettres a choisi de rendre hommage à Eugène Atget.

Valérie Belin installée dans le 6e fauteuil, nouvellement créé, n’avait pas de prédécesseur et donc d’hommage spécifique à rendre. En cette année de la photographie, elle a choisi de parler d’Eugène Atget dont l’œuvre est « à l’origine de la photographie moderne et inaugure une certaine histoire du médium. » Nous fêterons l’an prochain le centenaire de son décès. Né en 1857, à Libourne, il est décédé en 1927, à Paris 14e.

Acteur avant de devenir photographe. Ses photos portent le tampon « document artistique ». Il ne se voyait pas comme un artiste, mais comme un documentaliste. Car, pour lui, chaque photo « reproduit quelque chose de déjà artistique » : scène de rue, vitrine de boutique, objets, arbres, quai de la Seine, jardin et parc, cour d’immeuble… et il la vend à des artistes qui s’en inspirent comme Utrillo, Derain, Vlaminck, Foujita…  

En novembre 1897, la Commission du vieux Paris est créée en réaction aux changements du Paris apportés par le Baron Haussmann « Le vieux Paris va disparaître, il est urgent de le photographier pour, au moins, s’en souvenir. »

Photos d’Atget par Bérénice Abbott, 1927 (Photo : Académie des beaux-arts)

La commission ne le choisit pas, même si deux amis Victorien Sardou et Édouard Detaille en font partie. Mais il va documenter de manière systématique tous ce qui était appelé à disparaître, métiers, lieux, objets, boutiques… autour de deux grands thèmes : « l’Art dans le vieux Paris » et le « Paris pittoresque ». 1899, il s’installe 17 bis rue Campagne-Première, Paris 14e.

Il travaillait à la chambre avec des supports pas très sensibles qui imposaient des temps de pause très longs afin d’obtenir un rendu précis conservant parfois la trace d’un passage, d’une silhouette.

Man Ray, son voisin depuis 1922, l’a présenté aux surréalistes. Il lui a acheté des photos réunies dans un album. La photographe américaine Béatrice Abbott qui a été l’assistante de Man Ray, l’a découvert avec passion en 1925. A son décès, elle va acquérir ce qui reste de son fonds, et en faire la promotion en Allemagne puis aux États-Unis. Le Museum of Modern art de New York acquiert en 1968 le fonds Abbott-Levy et publie The Work of Atget en 4 volumes.

Valérie Belin conclut avec tendresse : « Le Paris d’Atget n’est plus pour beaucoup parmi nous qu’un souvenir d’une délicatesse déjà mystérieuse. »

A l’heure de la remise de l’épée

Pierre Rainero directeur Image, Style et Patrimoine de la Maison Cartier

Emotions partagées lors de la remise de l’épée : la fierté du joaillier, le plaisir de l’artiste
Brandir l’épée dans son superbe costume de la Maison de haute couture Alaïa, moment intense de l’installation

Le joaillier, Pierre Rainero, directeur Image, Style et Patrimoine de la Maison Cartier a évoqué l’immense savoir-faire des équipes auxquelles ont déjà fait appel des membres de l’Académie française comme Jean Cocteau en 1955 et de l’Académie de beaux-arts –comme le Mime Marceau et Zao-Woo KI ajoutait le secrétaire perpétuel- Cette épée est la première pour une Académicienne.

Le travail s’est fait en étroite collaboration s’inspirant de The Girl Who Never Died. Les Motifs et la typographie évoquent les enseignes lumineuse de l’Americana des années 1950… Son étoile pourra être portée en broche.

La sortie de la nouvelle académicienne très entourée

Détente, échanges et partages entre académiciens

Jean Gaumy et Valérie Belin très entourée ; (sur la gauche) Astrid de La Forest graveuse, Christophe Leribault historien de l’art (section des membres libres), Erik Desmazières graveur, Fabrice Hyber peintre ; (sur la droite) Anne Démians architecte, Jean Anguera sculpteur, Jacques Rougerie architecte.
Trois photographes autour d’une nouvelle épée : Jean Gaumy, Valérie Belin et Yann Arthus-Bertrand
La chorégraphe Blanca Li, le Grand chef cuisinier Guy Savoy qui sera bientôt installé (section des membres libres) et le compositeur Régis Campo
Derniers regards sur l’héroïne de la journée en tenue Alaïa avec son épée Cartier à la lame damassée réalisée par Jean-Louis Hurlin. Le travail sur les broderies d’or de sa veste a été réalisé par la Maison Lesage. A ses côtés, au premier plan, le chancelier de l’Institut de France Xavier Darcos.

Merci à tous pour leur enthousiasme au service des arts, de la création et de l’imagination pour notre plaisir.

Cette cérémonie d’installation est à retrouver dans son intégralité sur youtube : https://www.academiedesbeauxarts.fr/seance-dinstallation-de-valerie-belin-lacademie-des-beaux-arts

-jusqu’au 28 juin 2026, Valérie Belin expose « Les choses entre elles » aux Franciscaines de Deauville. Et du 16 avril au 6 septembre, elle proposera une exposition personnelle au Museo Picasso (Barcelone)

Note de la rédaction : Man Ray a acheté à Atget des photos qu’il a réunies dans un album personnel (conservé au MOMA) ; 43 images ont ainsi fait partie de l’exposition Atget de 2012, à Carnavalet. Le musée de Paris a été un de ses plus importants acheteurs et conserve un ensemble de 9500 tirages. De son côté La Bibliothèque nationale de France, conserve 4500 tirages. Elle lui avait commandé en 1906 la « Topographie du vieux Paris ».

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