Expositions universelles à Paris

Paris 1937, le triomphe de l’architecture monumentale à l’Exposition

Les Nautes de Paris vous emmènent, cette semaine, en promenade à l’Exposition internationale de 1937.

Voici le plan de l’exposition qui s’étend sur 105 hectares.

Le Front populaire est passé aux commandes du pays en mai 1936. Les congés payés sont votés. Les préparatifs de l’exposition programmée depuis 1934 sont à l’arrêt avec les grèves. L’inauguration, prévue le 1er mai, ne se fera que le 25 mai dans les gravats.

L’exposition sur le thème « Les Arts et Techniques appliqués à la vie moderne » sera visitée par plus de 31 millions de personnes et fermera le 25 novembre. 

Max Hymans secrétaire d’État à l’Industrie et au Commerce en est le commissaire. Le comité compte unir l’art et la technique, le beau et l’utile, promouvoir la paix, le social, la communication. La dimension festive n’est pas oubliée avec deux parcs d’attractions.

L’affrontement à venir est déjà palpable. On essaie pourtant de croire encore à la paix…

La porte de l’Alma est la plus représentée.

Sortis à la station de métro Trocadéro, les visiteurs qui entrent par la porte d’honneur découvrent en fait le monument de la Paix et le nouveau palais de Chaillot.

Cette porte est précédée d’un hémicycle avec la tour de la paix, dont le but est de «fortifier la haine de la guerre» chez les visiteurs… L’étoile au sommet de la tour est éclairée tous les soirs.

Cette porte n’est pas la plus photographiée. On retrouve souvent la porte de l’Alma.

Nouvelle danse créée pour l’exposition

L’ancien palais du Trocadéro de 1878 a été transformé sous la direction de l’architecte Jacques Carlu. 

Sur les frontispices du palais, les sentences écrites par Paul Valéry ont été inscrites avec un alphabet, Le Peignot, créé spécialement par l’affichiste et typographe M.A. Cassandre.

Cette typographie, on la retrouvera sur tous les documents de l’exposition. Elle sera utilisée pour la signalétique.

Ce caractère Art moderne demeure celui des années d’avant-guerre.

Rappelons-nous, Cassandre est l’auteur du célèbre slogan DUBO-DUBON-DUBONNET des tunnels du métro parisien. Il figure pour la première fois en 1937, sur la nouvelle affiche de la marque présentée à l’exposition.

Le caractère des inscriptions est devenu celui de l’exposition.

Léon Blum et ses ministres s’appuient sur l’architecte Le Corbusier, les peintres Robert et Sonia Delaunay.

L’influant architecte et décorateur Robert Mallet-Stevens est le fondateur de l’Union des Artistes Modernes. Il défend l’architecture moderne. Il réalisera cinq pavillons pour l’exposition. De plus, il obtiendra un Pavillon pour son association (UAM).

Les nouveaux ministres ont supervisé l’achèvement des bâtiments. Les Musées d’Art moderne et le Musée de l’Homme ont été gérés par le jeune ministre de l’Éducation nationale et des Beaux arts Jean Zay (33 ans). 

La Manufacture détruite a laissé la place aux Musées d’Art moderne.
Ticket pour le Planétarium

Irène Joliot-Curie a créé avec André Lazard pour le Palais de la Découverte, le grand générateur électrostatique de 5 millions de volts que les visiteurs pourront admirer.

Elle a ensuite laissé la suite de l’aménagement à Jean Perrin, prix Nobel de physique sous-secrétaire d’Etat. Celui-ci a finalisé l’aménagement dans le Grand Palais et la mise en place des activités scientifiques y compris le Planétarium.

Léo Lagrange, sous-secrétaire d’Etat aux Sports, Loisirs et Éducation physique a supervisé l’annexe Kellerman avec la première auberge de jeunesse ainsi que l’annexe porte de Saint Cloud dédiée aux sports et porte Maillot, le pavillon des Temps Nouveaux de Le Corbusier. Pierre Cot ministre de l’air qui a pour chef de cabinet Jean Moulin, a piloté le Palais de l’aéronautique décoré par Robert et Sonia Delaunay. La tour de parachutes permettait de tester cette activité qui a eu un grand succès.

Sur 105 hectares, avec 300 pavillons et 44 pays représentés, l’exposition qui se voulait placée sous le signe de la paix demeure dans les mémoires celle de la confrontation des idéologies avec un face à face imposant.

Le couple au sommet du pavillon de l’URSS sera un des clous de l’exposition.

Deux pavillons massifs affirment leur supériorité. D’un côté, conçu par Boris Lofane avec en vedette l’ouvrier et la kolkozienne de Véra Moukhina, le pavillon de l’URSS est fier de sa jeune histoire 1917-1937.

Si les effigies de Staline dans le pavillon de l’URSS et de Mussolini dans celui de l’Italie occupent une large place, le portrait d’Hitler est absent dans le bâtiment de l’Allemagne. Il est intéressant de savoir que tous les matériaux de constructions de cet immense pavillon sont d’origine allemande.

Le pavillon allemand soulève bien des interrogations. Pas d’image d’Hitler.

Face à l’URSS, l’aigle Allemand, les ailes déployées, tient dans ses serres la croix gammée. Il surplombe l’immense pavillon construit par Albert Speer l’architecte d’Hitler. Son ombre sombre s’étend sur les nations qui l’entourent. L’URSS et l’Allemagne remporteront une médaille d’or de l’exposition pour leurs pavillons. 

A leurs pieds, le pont d’Iéna, face à ce gigantisme a été élargi passant de 13,70 mètres à 35 mètres.

Les préparatifs ont été tumultueux, les grèves nombreuses. L’inauguration ne se fera pas le 1er mai mais le 25. La C.G.T. aura son pavillon.

A proximité, le bâtiment de l’Espagne en pleine guerre civile (1936-1939) attire lui aussi les visiteurs. Il a été conçu par l’architecte catalan Josep Lluis Sert disciple de Le Corbusier. Pablo Picasso y présente sa toile témoin du bombardement dramatique de Guernica. L’Allemand Otto Abetz, à l’origine du comité France-Allemagne créé pour un déroulement serein de l’exposition, interroge Picasso : « C’est vous qui l’avez fait ? » Picasso aurait répondu « Non, c’est vous ? »

Jusqu’à minuit, chaque soir les jeux d’eau et de lumière

Au bout du Champs de Mars, la tour du pavillon de la Lumière et de l’Electricité avait à son sommet, une reproduction du phare d’Ouessant, d’une portée de 80 km par temps clair, 20 km par brume épaisse. A la demande de la compagnie parisienne de distribution d’électricité, Raoul Dufy avait réalisé l’immense toile La Fée électricité. Les visiteurs étaient éblouis par la puissance électrique (50 000 kilowatts) de cette édition la nuit venue, ses jeux d’eaux et de lumière avec ses 200 fontaines et 250 appareils de projection. L’exposition fermait à minuit. 

Cette copie de 11m50 de la Statue de la Liberté de Bartholdi a été installée au bout de l’île aux Cygnes et tournée vers les Etats-Unis en 1937.

Le Centre régional était situé à l’ouest du Champ-de-Mars, sur le quai de Seine, entre l’ île aux Cygnes et la tour Eiffel, regroupant les pavillons des régions de France. Nos colonies étaient tout au long de l’île aux Cygnes. A une extrémité, la Corse a recréé le golfe de Porto. Ce sera la dernière région inaugurée fin septembre. A l’autre extrémité de l’île, la statue de la Liberté a été installée et tournée vers l’Ouest, vers les Etats-Unis.

Les premiers indicateurs d’itinéraires étaient mis en place pour l’exposition, en 1937.

Dans le périmètre de l’exposition, on se déplace en train électrique sur pneus, en voitures électriques et en bateaux hydroglisseurs sur la Seine comme pour la visite inaugurale. Toutes les portes de l’enceinte sont desservies par le métro (14 lignes prolongées vers la banlieue). Des plans indicateurs lumineux d’itinéraire ont été installés dans des stations desservant l’exposition ainsi qu’un nouvel éclairage. Sur ces lignes, le temps entre stations est passé à 1mm 45 secondes. Les autobus complètent les dessertes. Quant au tramway, il a été supprimé en début d’année.

Le premier pavillon de la Publicité

Le pavillon de l’architecte René Herbst obtiendra une médaille d’argent.

L’affichiste Jean Carlu membre du comité d’organisation a obtenu le premier pavillon de la Publicité qui sera médaille d’argent. Il a comme voisins la Presse et le pavillon Photo-Ciné-Phono où se sont faits les premiers essais de télévision. Une flèche lumineuse rouge de 25 mètres, mentionnait « PUBLICITÉ », au-dessus de l’entrée.  Sur la façade s’affichent entre autres : Nicolas, Boldoflorine, Pernod. L’OTUA, Office Technique pour l’Utilisation de l’Acier a réalisé des publicités métalliques en relief comme les lames Gillette Bleue. A l’intérieur, des stands tenus par les partenaires de la chaîne publicitaire présentent les techniques mises en œuvre en s’appuyant sur des exemples, films, impressions publicitaires, objets.

La société Byrrh sur les quais avec les Vins de France proposait de nombreux objets publicitaires : baromètre, portefeuille, thermomètre mais aussi tapis de cartes, jeux de cartes, jetons, cartes postales etc

Carlu y démontre ce qui pour nous est une évidence, mais ne l’était pas à cette époque : «  la vitesse de lecture d’une affiche est différente selon que l’on est un badaud, un automobiliste ou le passager d’un bus ».

L’exposition s’achèvera avec la distribution solennelle des récompenses, dans la nouvelle salle du Trocadéro, le 25 novembre 1937.

Informations pratiques

Ticket pour les mutilés de guerre, valable uniquement le 11 novembre.

Horaires : en continu de 9h30 à minuit, l’entrée pour l’enceinte principale était de 6 francs.
On pouvait obtenir une carte permanente avec photo au prix de 120 francs ; 60 francs pour 15 jours.

Il en coûtait 2 francs pour chaque annexe Maillot-Dauphine, Kellermann, porte de Saint Cloud et pour le Palais de la Découverte.
Il fallait acquitter 5 francs pour le Planétarium et pour chacun des deux parcs d’attractions, Esplanade des Invalides et sur le cours Albert 1er, du pont des Invalides au pont de l’Alma, puis payer pour chaque attraction.

Documentation : Les Nautes de Paris
A suivre une vidéo sur l’Exposition de 1937

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