Culture

Les poupées Bella de Perpignan ont connu un succès mondial

Eté 2026 à Canet-en-Roussillon (66), le Club Cartophile Catalan accueille, jusqu’à fin août, une exposition de poupées Bella. La fabrication de ces poupées installée à Perpignan, dès 1946, avait porté sa production sur la scène internationale avec un grand succès.

Des collectionneuses se souviennent que le modèle Tressy a fait la pige, en France, à Barbie durant les années 1960-1980. Mais, il y avait aussi tous les autres modèles et de nouvelles créations chaque année. Son dernier modèle sera « Mademoiselle » elle lit, compte et raconte des histoires, pour le dernier repreneur Berchet, sans le succès escompté.

Une troupe de danseurs et de musiciens catalans habillés par Alain Pagés à la demande du peintre catalan Emile Llanas (décédé en juillet 2020). Ce type de scénographie accompagnait ses expositions de peintures.

Alain Pagès, compagnon fidèle des poupées Bella

Tressy en costume de jardinière, remarquez sa longue tresse.

A Perpignan, l’usine de production a cessé toutes activités en 1984. On peut encore trouver des poupées Bella sur les sites d’enchères.

Le Musée des poupées Bella, à Perpignan, a ouvert à l’initiative de l’ancien directeur Jean Sala. Il conserve la mémoire de cette activité, avec les poupées et leurs différents habillages, du petit matériel ainsi que des photos. Il se visite sur rendez-vous.

Les Nautes de Paris toujours curieux d’en apprendre davantage et de manière concrète ont décidé de le visiter et de rencontrer ces poupées qui ont vécu tant d’aventures et font face les yeux grands ouverts.

Alain Pagès raconte sans relâche leur histoire.

Il est, maintenant, un des animateurs, le trésorier du Musée Bella à Perpignan (espace Primavera) qui réunit plus de 600 modèles Bella grâce à de nombreux dons. Les poupées commencent à s’y sentir à l’étroit.

A l’occasion des visites au Musée, ce passionné fait revivre leur souvenir en nous parlant de la production (voir notre vidéo en fin d’article).

La partie technique n’a pas été oubliée pour cette évocation. Les étapes s’enchaînaient sans relâche car réunies en un seul endroit l’usine, agrandie progressivement jusqu’à 34 000m2.

Un des pochoirs pour le maquillage, à voir au Musée.

Notre guide avait commencé à travailler chez Bella à 14 ans. Il accompagnera l’activité de la chaîne maquillage et sera contremaître jusqu’à la liquidation en 1984.

Un moule pour la production des têtes.

Après Bella, sa rencontre avec le peintre catalan Emile Llanas, l’a reconnecté aux poupées. Il a d’abord réalisé, à sa demande, un couple de Catalans, puis fait revivre tout un groupe de danseurs, danseuses et musiciens pour accompagner ses expositions de peinture.

Quelques-unes des poupées Bella réunies pour l’exposition
Ella une des danseuses de Claude François. Une poupée articulée de 1972.

Pour de nombreuses petites filles devenues adultes, les années soixante à quatre-vingt, ont été celles des poupées Bella.

Elles occupent une belle place dans nos souvenirs car elles réservaient bien des surprises. Bébé pleureur ou rieur, poupée bavarde, marcheuse, dormeuse… Bébé mouilleur …

Les poupées Bella ont été commercialisées sur toute la planète. Elles ont eu un succès international car elles répondaient aux attentes de la clientèle.

Il y a eu une gamme de poupées destinée aux départements d’outre-mer.

Des poupées au prix serré pour les stands des forains que les amateurs de sensation pouvaient gagner lors de fêtes, de tombolas.

Des poupons sexués

Des poupons sexués seront commercialisés à la demande des pays scandinaves qui les destinaient aux cours d’éducation sexuelle.

Les poupées Tressy avaient des cheveux qui s’allongent. Une Marilyne qui se maquillait complétait la série. Bella a ajouté un petit modèle Microbe et une Cathy de 45 cm, des équipements, des vêtements mode selon la saison pour étoffer sa garde-robe.

Le mannequin Tressy dont les cheveux s’allongeaient faisait la pige à Barbie (29 cm) l’Américaine créée dès 1959, arrivée à Paris en 1963.

En fait, la Tressy de Bella faisait 30 cm. Un accord de licence pour la France avec le créateur American Character Doll Cie, avait été signé en 1965. Ce sera un des gros succès de Bella.

Sa tête était 100% Bella avec des cils et des vêtements inspirés par nos couturiers français.

En première ligne des petites poupées Bella : Poussin (1983), Pilou (bébé souple 1972), Titou (1979), Mini poupée MIC (1972), Titou (1969), Coky (poupée semi articulée 1967), des Microbes (1972-1970-1971 -1967 date de sa création) remarquez que ces dernières ont des cheveux très longs.

Les vêtements étaient réalisés par les petites mains régionales, cultivatrices, viticultrices, mères de famille, plus de 200 personnes cousaient pour toutes les poupées et les poupons.

Au musée beaucoup de détails sont à découvrir. On y retrouve de nombreuses photos, des boîtes de vêtements de la Boutique Tressy et pour d’autres poupées.

Les vedettes françaises se sont intéressées très vite aux Tressy comme Annie Girardot, Alice Dona, Dalida. Elles participaient activement aux campagnes publicitaires… Des poupées étaient créées à l’effigie de vedettes comme notre champion de tennis Yannick Noah ou les danseuses de Claude François.

Pierre Perret et des poupées Bella, les petites Tressy, 30 cm, au premier plan en 1966

Un peu d’histoire

L’usine Bella au Vernet, à Perpignan, un site qui a évolué et s’est agrandi avec le succès de la marque de 1950 à 1980. Ne la cherchez pas, elle a été détruite.

1946, l’aventure de Bella commence. Au lendemain de la guerre tout est possible. A Perpignan, un ingénieur Salvi Capi transforme la production artisanale de poupées Capi initiée par son père sculpteur sur bois Joseph PI en une activité industrielle.

Poupées Capi des années 1940

La poupée originelle est donc une Capi. Elle est en carton moulé, trempé dans une solution à base de poudre en pierre ponce. Elle est peinte couleur chair. Sa taille autour de 46 cm. A ses débuts ses cheveux sont naturels. Elle est articulée, peut marcher, ou pas. Un premier brevet avait été déposé dès 1938, afin que la marcheuse puisse s’asseoir.  Elle prononce un son de deux notes pour dire « maman ».

La poupée Capi a laissé la place aux poupée Bella. Ici, un petit modèle de poupée Bella pour les forains (1968).

 La Poupée Capi, laisse la place aux poupées Bella dont la marque a été déposée en 1949.

A partir de 1950, les poupées Bella sont de différentes tailles de 23 à 60 cm fabriquées en acétate de cellulose (rhodoÏd).

La marcheuse a été perfectionnée avec un nouveau brevet en 1950.

La poupée peut être équipée d’un dispositif à voix qui sera sans cesse amélioré.

Elle pourra par la suite chanter des chansons, raconter des histoires grâce à de minuscules 45 tours, qu’on insère dans son dos.

Poupée pour les commerciaux, afin de montrer le mécanisme pour le son (paroles, chants, histoires).

1969, les fondateurs M. et Mme Pi prennent leur retraite. L’entreprise est cédée au groupe allemand Bohlen Industrie.

Gros Minet parmi les poupées, il parle et marche, année 1975-1977
Modèle pour les boutiques de mode enfantine

1972, face aux difficultés de gestion, deux partenaires de Monsieur Pi sont de retour, son collaborateur André Subtil et Jean Sala qui a été fondée de pouvoir, comptable. Il sera le dernier directeur de l’entreprise.

La promotion est au cœur des préoccupations.

Des poupées grands modèles sont installées dans les boutiques de vêtements pour enfants.

1974-1979, la surface de l’usine passe à 34 000 m2 et les effectifs à 900. 50% de la production part à l’export.

La production journalière est de 800 poupées, 2500 panoplies de vêtements et 1000 têtes à coiffer.

Les années 1980
Les troubles sociaux, la concurrence à bas prix, une grande masse salariale, mènent l’entreprise à son premier dépôt de bilan en 1981, sans aide, car l’entreprise appartient à un groupe allemand.

De même que des sculpteurs réalisaient le visage de chaque nouveau modèle. La partie graphique a toujours été importante et confiée à des professionnels. Chaque poupée avait sa propre boîte.

1982, la reprise par Berchet, entreprise française d’Oyonnax, s’accompagne d’une aide financière. De plus de 1000 employés, avec des travailleuses à domicile qui sont au nombre de 250, les salariés ne sont plus que 300 personnes. Les vêtements seront faits en usine, à Barcelone, le travail à domicile est supprimé. La région manque d’emplois, alors des reclassements sont proposés, notamment, en grandes surfaces.

Les problèmes persistent, l’action syndicale s’intensifie et l’activité ne sera pas redressée.
1984, le dépôt de bilan est prononcé.

Pour les nostalgiques, une visite au Musée vous fera retrouver votre âme d’enfant.

Documentation :
Plaquette de Christiane Guiter, écrite en juillet 1988, pour le Musée du jouet de Canet-en Roussillon, qui sera fermé en 2001 : Les poupées Bella de Perpignan 1946-1984, texte relu par Jean Sala le dernier directeur de l’usine, à l’origine du Musée Bella pour lequel la ville de Perpignan a acheté la collection de 400 poupées appartenant à une parisienne Christiane Chovet..

Terres Catalanes, Pyrénées, Roussillon, Méditerrannée n°22, quatrième trimestre 2000 : Bella, la poupée qui a conquis le Monde. texte de Jean-Claude Marre et photos de Noël Hautemanière.

Bol d’Air, Supplément de l’Indépendant du 27 septembre 2008, Ciao Bella, de Frédérique Michalak

Le Musée des poupées Bella réunit des pensionnaires de plus en plus nombreuses, grâce à des dons. Elles attendent les visiteurs.

Pour retrouver le savoir-faire de Bella voici une vidéo.
Alain Pagès y explique, entre autres aux Nautes de Paris, les étapes du maquillage. Visites de l’exposition à Canet-en-Roussillon et au Musée à Perpignan, 6 avenue du Languedoc, Espace Primavera, Perpignan. (museebella66@gmail.com)

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