Histoire

Au Musée national de la Marine, l’appel des profondeurs : une quête obstinée de l’Antiquité à nos jours

Les commissaires Clémence Laurent et Louise Contant

Brest, Paris, Port-Louis, Rochefort et Toulon, chaque site du Musée national de la Marine développe cette année une exposition sur un thème commun « L’appel des profondeurs ».

Paris qui dispose d’un espace de plus de 800m2 présente, du 14 octobre au 4 avril 2027, l’exploration des fonds marins de l’Antiquité à nos jours. Ce sont environ 281 pièces qui ont été réunies. La rotation de certaines œuvres fragiles, peu exposées, sera mise en place.

Le musée a confié le commissariat de l’exposition parisienne à deux de ses spécialistes Clémence Laurent, chargée des collections arts graphiques et archéologie et Louise Contant cheffe du Département des collections et de la recherche, avec le concours d’une assistante de recherche Pauline Leroy.

Les commissaires ont mis en place des réponses aux questions : Pourquoi vouloir explorer les profondeurs des océans ? Quelles sont les motivations ?

Voici un bref aperçu de ce que vous pourrez découvrir :

Un premier cabinet des cosmogonies liées aux créatures de l’univers aquatique réunit peinture, masque, création culturelle réactualisant les épopées de la mer. Godzilla’s Mermaids 2026 d’Eric Croes en céramique émaillé est un de ses totems, ex-voto protecteur.

L’exposition suit un fil chronologique sans oublier la part dévolue aux artistes. Trente-cinq œuvres de création sont présentées dans des cabinets de curiosités installés dans le parcours. Figures et récits ponctuent le parcours, des textes inédits de Georgina Tacou et Boris Bergmann.

« Bellifortis » (traité de machines de guerre, en vers latin, suivi d’un traité de pyrotechnie en allemand), XVe siècle de Konrad Kyeser (BNF Manuscrit). Un homme est cousu dans du cuir avec un masque à bec d’oiseau. La femme de lettres Georgina Tacou a écrit pour l’exposition un texte d’accompagnement sur ce plongeur-soldat pour présenter : « La première combinaison de guerre, dessinée comme une fable… »

IVe siècle avant J.C., pour entretenir sa légende Alexandre le Grand dans son roman a raconté son vol dans les cieux, son voyage aux confins de l’univers, sa quête d’immortalité. Il aurait également exploré les fonds marins dans un tonneau de verre. N’oublions pas que le verre était alors rare et précieux destiné à de petits objets, au temps d’Alexandre on avait trouvé la solution pour rendre du verre épais transparent… mais pour de la vaisselle…

Amphore gréco-italique en terre cuite (-300 avant J.C.) trouvée sur le site du Grand Congloué au sud de Marseille.
L’équipe de La Calypso conduite par Jacques-Yves Cousteau accompagné de l’archéologue Fernand Benoit y a conduit les premières grandes fouilles mondiales archéologiques sous-marines en 1952.
La Calypso est un ancien dragueur de mines de la Royal Navy de la Seconde Guerre mondiale. Jacques-Yves Cousteau l’a transformé, en 1950, en navire de recherches océanographiques, explorant les mers du globe jusqu’en 1996. (Maquette de René Coomans,1965)

Au XVIe siècle dresser la carte des étoiles semble avoir été la première préoccupation. Les premières cartes marines sont sur parchemin.

Dès l’Antiquité, les plongeurs ont cherché à rester le plus possible sous l’eau, notamment en apnée, pour les huitres perlières et la nacre.

Les fonds marins sont restés longtemps mystérieux, inexplorés. Seules faune et flore aquatiques des littoraux ont été étudiées dès l’Antiquité jusqu’au XVIIIe siècle.

Au XIXe siècle, 1850-1860, un scaphandre avec casque étanche alimenté en air depuis la surface « permet d’arpenter les fonds« . (Casque conçu par Joseph Cabirol )

Malgré l’évocation de dangers inconnus dans les profondeurs, les sirènes évoquées par Homère, les monstres qui peuvent y vivre, des récits d’écrivains comme Jules Verne font rêver ceux que la mer fascinent.

Jules Verne est le premier a avoir installé un homme et son habitat 20.000 lieux sous les mers. Dans la vitrine le disque des Beatles Yellow Submarin (1966)

L’exploration des grands fonds se fait de manière de plus en plus intense avec l’amélioration des équipements présentés ici.

La salle des pionniers des profondeurs avec le portrait de Joseph Cabirol. Il présentait son premier casque de plongée à l’Exposition universelle de 1855.
Scaphandre autonome, après 1923, de Neufeldt-Kuhnke. Cette armure d’acier repousse les limites du travail en eaux profondes. Ses pinces conviennent à des travaux jusqu’à 120m de profondeur. Mais la pression finit par écraser les joints.

A partir des années 1930, l’expérience de plongée devient plus sûre avec des inventions comme les appareils respiratoires, les scaphandres de plongée, puis les palmes, les masques ergonomiques.

(à gauche) L’Oxygers 57 (1954) mis au point au sein du GERS le laboratoire de Jacques-Yves Cousteau et Philippe Tailliez (groupement d’études et de recherches sous-marines). L’Oxygers nait avec Fenzy pour les nageurs de combat : circuit fermé, oxygène pur, cartouche de chaux. Aucune bulle, compact et silencieux, il sera en service 45 ans.
En 1962, la Comex, compagnie Maritime d’expertise a investi dans les équipements de plongée à saturation. Des plongeurs vivent sous pression dans des caissons hyperbares avant d’être transférés sur leur chantier en eau profonde.

Les équipement offrent de plus en plus de possibilités aux plongeurs professionnels. La plongée loisir est désormais possible.

Caméra de plongée 8mm dans son caisson étanche, 1950, Camera Paillard Botex fabricant suisse, caisson étanche H. Beauts (Musée Frédéric Dumas, Sanary-sur-mer)
La salle des explorateurs des profondeurs au XXe siècle
Tourelle de plongée de l’Ulism (Unité légère d’intervention sous-marine de la Marine nationale)
Les fonds marins demeurent une source d’inspiration à tous âges.

L’aventure continue avec ses récits, ses exploits portés par ie cinéma comme « le Grand Bleu ».

Et L’avenir?

La maquette du  » Village sous-marin, ferme, musée, Pulmo, un centre à grande profondeur. » Réalisé entre 1971-1974 par l’architecte de la mer, océanographe, explorateur du futur, l’académicien Jacques Rougerie (Prêt du Centre Pompidou).

Jacques Rougerie, l’architecte de la mer se considère comme un mérien et non comme un terrien. Sous l’égide de l’Institut de France, il a créé la Fondation Jacques Rougerie-Académie des beaux-arts : Génération Espace Mer Conjuguer Arts, Sciences, Technologies et Nature pour bâtir le futur de nos civilisations, afin de transmettre dit-il : « cette passion qui m’anime depuis toujours en aidant les nouvelles générations à imaginer leur futur et bâtir leur propre rêves… » Il propose chaque année en partenariat avec l’UNESCO un concours international d’architecture et d’Innovation… à suivre…

L’exposition commençait par une interrogation du Comte de Lautréamont auteur des Chants de Maldoror 1869) « Quel est le plus profond, le plus impénétrable des deux, l’Océan ou le cœur humain? » On nous invite à descendre « dans ces profondeurs ou imagination et savoir s’entremêlent … »

L’exposition se termine avec la projection de Midnight Zone de Julian Charrière qui révèle une riche faune bioluminescente au fond des abysses qui nous reste à découvrir.

Renseignements pratiques
Musée National de la Marine, Palais de Chaillot, place du Trocadéro
Tous les jours de 11h à 19h, sauf le mardi, nocturne jusqu’à 22h, le premier jeudi du mois.
Tarif plein : 15 euros- réduit 12 euros; gratuit pour les moins de 26 ans, ressortissant de l’union européenne.

A noter dans le programme varié proposé par le Musée les nocturnes : Jeudi 5 novembre, vous est proposée une contre-soirée 19h-23h, entrée libre et gratuite avec des activités gratuites pour aborder différemment l’exposition (accès aux collections, à l’exposition et aux activités). Des nocturnes sous la surface seront proposés : le 7 janvier 2027, le 4 février, le 4 mars.

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