Cinéma

Le trou des Halles de Paris, Marco Ferreri y a filmé une parodie de la Conquête de l’Ouest

Destruction du dernier bistro des Halles (photo D.Germond)

Le ventre de Paris n’est plus. Les Halles ont déménagé à Rungis, au début des années 70. Le dernier marché s’y est tenu le 27 février 1969.

Après ce déménagement et le chantier qui accompagnait l’arrivée du RER au cœur de Paris, la destruction des bâtiments donnait à cette immense espace déserté l’allure d’un terrain de combats de guerre.

Petit à petit, le trou a été creusé, les Halles détruites.

Pendant de nombreux mois les destructions à coups de boule de démolition -aujourd’hui interdite- ont généré des monceaux de ruines. Ils rappelaient aux Anciens les dégâts causés par les bombardements de la dernière guerre.

Un énorme trou béant s’était ouvert au centre de la Capitale provoquant critiques et reproches. Il semblait ne jamais devoir se refermer.

De grands acteurs, une fresque épique, la bataille revisitée de Little Big Horn en 1876

C’est dans « Le trou des Halles » que Marco Ferreri a choisi de tourner son film Touche pas à la femme blanche. Seule la séquence finale, la bataille qui générera son lot de vrais blessés, parmi les figurants, se déroulera dans une carrière.

En 1976, après de succès de la Grande Bouffe, sortait Touche pas à la Femme blanche. Marco Ferreri a fait appel à sa bande d’acteurs favoris, Marcello Mastroianni, Michel Piccoli, Philippe Noiret, Ugo Tognazzi mais aussi Darry Cowl, Alain Cuny, Serge Reggiani et Catherine Deneuve pour les inviter à jouer non plus comme des enfants mais comme des adultes aux Cowboys et aux Indiens. Ainsi, on peut voir le général Custer chevauchant entre les voitures.

Ils ont réécrit une page de l’histoire des Etats-Unis.

Le 25 juin 1876, deux jours après le centenaire de l’Indépendance, le héros de la guerre de Sécession, le général de cavalerie George Armstrong Custer et 261 de ses hommes du 7régiment de cavalerie se faisaient massacrer par le chef sioux Sitting Bull à Little Big Horn. Cette page s’ajoutait ainsi à l’histoire de la Conquête de l’Ouest racontée par Buffalo Bill et son cirque venu à Paris, en 1889 et 1905. Buffalo Bill avait recruté pour son cirque Sitting Bull. William Cody dit Buffalo Bill figure ici comme le clown de cette farce picaresque.

Sorti en 1976, le film n’a pas reçu le succès escompté.

Ce Guignol’s Band qui campe le personnage d’un général illuminé va plus loin que n’avait été Arthur Penn dans Little big man (1970)Derrière cette immense farce, qui n’a pas lors de la sortie en salle rencontré son public, on pourra voir l’évocation de thèmes plus sérieux comme l’immigration, les fausses promesses des politiques, les jeux de dupes dont les plus faibles sont souvent les victimes, les femmes comme les Indiens, les massacres qui accompagnent toutes les conquêtes coloniales, le racisme primaire, la folie meurtrière, l’impérialisme américain sur fond de CIA. Il offre aux Indiens d’Amérique une revanche éclatante contre celui qui les a combattus et massacrés. Car ici ce sont Custer et ses hommes qui se feront massacrer une nouvelle fois dans le trou des Halles pour le centenaire de la bataille de Little Big Horn.

C’est dans la Halle aux blés ouverte en 1767 qui deviendra la Bourse du Commerce seul bâtiment demeuré en place, dernier vestige de cette période vouée aux métiers de bouche, que le film commence.

Revenons à l’histoire des Halles

Les Halles de Paris au XXe siècle

La corporation des Forts des Halles assurait le transport des charges arrivant de l’extérieur vers les pavillons.

 

Au XIIe siècle, le marché de la Cité, le marché de la place de Grève, ainsi que la Foire Saint-Lazare vont être regroupés en un lieu unique dit les Champeaux, des marais qui ont été asséchés. Philippe Auguste va règlementer la vente de la viande, du pain et du vin. Les commerçants bâtissent. Ces marchands se regroupent par corporation. Une nouvelle organisation se met en place. Le carreau, la vente à même le sol complète l’offre. Peu à peu les commerces gagnent du terrain, rachètent des bâtiments.

L’église Saint Eustache, l’église des Halles

Le pavillon de la Marée

L’église Saint-Eustache est édifiée au XVIe siècle, La première pierre a été posée par François 1er. Il reste quelques éléments dans la crypte, de la chapelle initiale dédiée à Sainte Agnès, édifiée en 1213 par un marchand de poissons des Halles.

Elle avait reçu une relique de Saint-Eustache et s’affirmait comme l’église des métiers de bouche des Halles. On y trouve encore la chapelle des Charcutiers.

 

 

Baltard restaurera l’église l’englobant dans son projet d’assainissement de l’approvisionnement des Parisiens.

Les Halles centrales de Baltard

Il fera construire 10 pavillons utilisant le fer, la fonte et le verre, entre 1852 et 1870, deux autres seront construits en 1936. Ils seront détruits dans les années 1970 seuls deux pavillons seront démontés et reconstruits, un à Nogent-sur-Marne et l’autre à Yokohama au Japon.

Les fruits et légumes, la vente sur le Carreau

A partir de 1785, le cimetière des Innocents et progressivement tous les cimetières intra muros vont être nettoyés. Les ossements sont transférés de nuit à la barrière Denfert, aux Catacombes. A la place du cimetière s’est alors installé le marché aux fleurs et aux primeurs.

A suivre reportage de 1973 pendant le tournage (source INA)

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