Chanteurs et chanteuses de variétés parisiennes

Sexe et chansons, 100 ans de partitions libertines : 1880-1980

« Le trou de mon quai » (1906) écrit à propos des travaux du Métro est devenu un grand succès de Dranem. Dans les cafés-concerts ont reprenait au refrain : « y’a un trou dans ma rue, /y’a un trou dans mon quai./Vous pourrez donc contempler. le quai de ma rue et le trou de mon quai. »

Chansons grivoises, chansons gaillardes, paillardes, chansons de corps de garde ou militaires, le sexe s’est toujours chanté.

Un répertoire plus en nuances qui choisissait ses mots était vendu, dès le XIXe siècle, par les chanteurs des rues mais surtout par les interprètes dans les cafés-concerts, pendant les intermèdes, et dans les salles de spectacles à l’entracte.

Les illustrations de ces partitions évoquaient, suggéraient, mais restaient toujours artistiques afin d’appréhender sans risque la censure, et éviter saisie et destruction de ces précieux quatre pages.

Petit à petit, le portrait des artistes a remplacé les illustrations.

Les chansons coquines, libertines, grivoises, paillardes n’ont que plus d’impact lorsqu’elles sont interprétées par des femmes qui s’expriment sur un ton très naturel et enjoué.

Yvette Guilbert dans sa longue robe avec ses mains gantées de noir est l’image même de cette interprète qui évoquait en toussotant la bagatelle et parlait de sexe sans y toucher en cette fin de XIXe siècle.

« Partie Carrée » chantée par Yvette Guilbert

Anastasie, surnom de la censure, interdit de prononcer certains mots et opère des coupes dans les textes, d’où  les sous-entendus que seule la grande Yvette Guilbert pouvait remplacer par des toussotements.

A cette époque, un Monsieur la censure veillait à l’entrée de la salle. Il était au déambulatoire, au bar ou en coulisses.

Elle chantait « Les Vierges » (1890) « Elles vont ainsi, l’esprit distrait/ De l’amour ignorant l’secret/Les vierges/A quoi rêvent-elles ? Nul ne le sait/ De fruits, de légumes, de navets ?/
Qui sait ?(la question qui devait-être parlée est toussée)/ Les vierges. »

Ou encore « la Partie carrée chez les Boudins et les Boutons » (1934) sans équivoque possible : « De sorte que madame Bouton/Faisait avec monsieur Boudin/Juste ce que madame Boudin/Faisait avec monsieur Bouton. »

Au répertoire de Dambreville de l’Eden- Concert, boulevard de Sébastopol de 1881 à 1895.

Sur scène des chansons joyeuses et impudiques

Elles sont le plus souvent chantées par des hommes qui miment les paroles.

Ils prennent des airs entendus à chaque allusion face à un public ravi et rieur.

Ils évitent de prononcer les mots interdits, trop crus. Ceux-ci sont implicites, évoqués par des synonymes imagés qui ainsi les rendent audibles et compréhensibles par tous.

Tel est le cas de « Amour et métro » qui utilise des noms de stations pour décrire la situation : «Là, il l’embrassa jusqu’à ce qu’elle Lancry/Puis comme il n’avait rien d’un Invalides/Il ne resta pas d’vant ses p’tits Saint Placide/ » (1947).

Si la lettre Q a été soigneusement évitée pour les tickets de transport, elle a été utilisée pour les transports de surface.

Les hommes l’affirme « J’adore ça » ou « j’suis polisson », chantait au Bataclan en 1921 dans la revue « Ah ! Oui » l’interprète Cariel affirmant : « j’aime’les trent’deux… juxtapositions », sans risque de choquer les oreilles chastes. Le vocabulaire est toujours choisi, varié et imagé.

Berthe Milhe dans : « Il me Faut d’l’Amour » chante les tracas d’une  jeune femme dans les embouteillages. Elle déclare à l’agent qui fait la circulation : « Il me faut, il me faut d’l’amour/ Il me faut quelque chos’ qui me chatouille/… M’sieur l’agent/ votre bâton blanc/en l’baissant, vous coupez l’mouv’ment/ t’nez-le sans détour/bien en l’air toujours ! »

Gourmandise libertine

Créée par Mercadier au café-concert Parisiana, bd de Sébaspol de 1894 à 1910.

Aimer les friandises se chante. La gourmandise devient libertine, les bonbons collent aux papiers.

Les sucettes ont toujours eu un vif succès « Qui n’a pas sa sucette » chante Bérard en 1926, au Casino de Paris, « Aussitôt qu’on a commencé, un peu à sucer, on ne peut plus s’arrêter (…) ça dépeint l’caractère et le tempérament/ Les femmes raffinées sucent délicat’ment,/ Cell’s qui croquent, nerveuses,/ sont de petites rageuses».

« Annie aime les sucettes » chantait France Gall à l’heure où  CloClo la quittait parce qu’elle venait de gagner le concours de l’Eurovision 1966, avec de candides paroles écrites par Serge Gainsbourg.

Monologue créé à la Scala en 1910

Aimer le sexe, les hommes l’ont toujours chanté sans équivoque. Ils l’affirment, ils baisent. Georges Brassens aime pratiquer l’acte sur des piles de journaux.

Serge Gainsbourg évoque ses ébats avec BB puis Jane Birkin dans « Je t’aime… moi non plus » (1967).

Pendant que Juliette Gréco chante cette année là, « Déshabillez-moi ».

Pierre Perret qui a un large répertoire sur la question possède une âme de pédagogue. Il parle en 1974 du « Zizi » dont il nous décrit toutes les variantes enrichissant notre vocabulaire.

Dans les années 80, Elmer Food Beat adepte du latex, chantait Daniela « Ce que j’aime, chez Daniela, C’est que l’on peut y mettre les doigts. »

Ce genre de chanson ne semble plus passer sur les ondes ?

Ce groupe toujours en tournée aime les chansons humoristiques et chaudes.

Marie-Paule Belle en 1995, nous a brossé le portrait d’une Parisienne très libérée : « Je me rôde, je me rôde/Dans les lits de Saint-Germain/C’est divin, c’est divin/Je fais partie de l’élite/Ça va vite, ça va vite/Et je me donne avec joie/Tout en faisant du yoga/ ». La chanson a été reprise par Zaz.

Patachou, partition de La chose!

Marie-Paule Belle a également chanté « la Biaiseuse ». Créée en 1912 par Léo Lelièvre et Paul Marinier, elle a été orchestrée par le célèbre Auguste Bosc qui dirigeait le bal Tabarin rue Victor-Massé.

Elle a été interprétée par Annie Cordy au début des années cinquante. La biaiseuse travaille chez le grand couturier Paquin. « Elle biaise » toujours et partout, « en voiture » « dans l’métro ».Elle l’affirme « Avec ardeur avec entrain/je biaise du soir au matin/Quand mes parents me voient pas rentrer/Y disent y’a pas à s’inquiéter/Elle est encore en train de biaiser. »

Patachou dans les années 60 va enregistrer de nombreuses chansons libertines dont la célèbre chanson : « les ratés de la bagatelle… La Chose! ».

Colette Renard a elle aussi eu un large répertoire des chansons très légères et nous a offert des versions gaillardes de chansons enfantines telle « Au clair de la lune ».

Anastasie la censure passe en revue les textes avec son arme préférée.

 

Pour en savoir plus sur la censure et la chanson :
100 chansons censurées, par Emmanuel Pierrat et Aurélie Sfez (Hoëbeke, Paris, 2014).

Le flashcode de la couverture permet d’écouter quelques chansons censurées, en ligne sur le site RF8 de Radio France.

 

 

Production et documents : Les Nautes de Paris

Documentation : le temps des chansons
Le temps des chansons

Ecoutons Colette Renard qui interprète :
Les Nuits d’une demoiselle (1963)

 

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