Les quais de Paris

La Samaritaine, le retour annoncé pour fin 2018

La station Pont-Neuf était inaugurée en 1926. Elle offrira un accès direct à la Samaritaine.

Nous avons choisi, en ce mois du Blanc devenu le mois des soldes, de parler des grands magasins de la Samaritaine, créés au XIXe siècle par Ernest Cognacq et Marie-Louise Jaÿ.
Ci-dessus au centre, sur cette carte postale de 1926, le magasin 1 ouvert en 1870 avait cette allure dès 1900. Il a été agrandi à partir de 1880. Frantz Jourdain qui a inspiré Emile Zola dans la rédaction du Bonheur des Dames (1883) a construit entre 1905 et 1910, le magasin 2, à gauche, centre névralgique de l’ensemble commercial tout en verre et métal avec ses céramiques polychromes. Sa façade avec les deux poivrières restera longtemps occultée par un îlot qui sera détruit en 1926, afin de permettre l’extension préparée par Henri Sauvage et la suppression des poivrières vivement critiquées par la ville.

Vers 1910, les deux magasins de la Samaritaine et la Belle Jardinière qui allait appartenir au groupe LVMH.

En 1974, King Kong escaladait la façade du magasin 2

Sur la terrasse de la Samaritaine, le grand singe glissait triomphant une nouvelle Ann Darrow dans un sac portant le slogan « On trouve tout à la Samaritaine ! ». Comme beaucoup de Parisiens nous avons été des inconditionnels de la « Samar ».

La façade en pierres du hall Sauvage (photo : 2004)

Cette grande enseigne et ses quatre magasins mariaient les styles architecturaux de Frantz Jourdain et Henri Sauvage. Son vaisseau amiral était inscrit à l’inventaire des Monuments historiques en 1990. Le magasin 2 était relié au magasin 4, non classé, par une passerelle.

En 2001, LVMH a repris la Samaritaine. Le groupe loue les bâtiments 1 et 3, notamment à ses filiales Sephora et Kenzo. Le restaurant le Kong, sous la verrière du bâtiment 1, décoré par Philippe Starck a été rénové en 2013. Les magasins 2 et 4 sont au coeur d’un vaste projet.

La vue depuis la terrasse

En 2005, le magasin 2 ferme pour des raisons de sécurité. Ses sols/plafonds en pavés de verre avaient été mis en place avant l’éclairage électrique. Spécialement conçus par Saint-Gobain, ils laissaient passer la lumière naturelle dans les halls et sur les marchandises. Ils ont eu du mal à supporter le lourd poids des marchandises que l’on y a entreposé, pour les tester…?

Le risque d’incendie était avéré!

Rappelez-vous, en 2005, Paris était sur les rangs pour organiser les Jeux olympiques de 2012. Alors, un grand hôtel au bord de la Seine aurait joué un rôle de premier plan. Les premières études étaient lancées. Ce n’était que partie remise, les prochains J.O. auront bien lieu à Paris, mais en 2024. Le Palace « Cheval Blanc » de LVMH aura six ans.

Conserver l’image de la marque

2008-2009, les premières études pour transformer, et rénover le bâtiment mettaient en avant ce qu’il fallait préserver, et restaurer. Les planchers de verre allaient être remplacés par du béton, la grande verrière serait restaurée, et les façades de verre et de métal doublées, afin de conserver l’image de marque de la Samaritaine. Le hall Jourdain sera remis en valeur. La terrasse qui semblait condamnée sera à nouveau accessible mais à un petit nombre et par petits groupes.

La rue de la Monnaie désertée.

LVMH et sa filiale La Samaritaine ont donc déposé des permis de construire en juillet 2011. Le budget  avoisine les 500 M€ pour la réalisation  d’un ensemble mixte de 70 000 m2 entre la rue de Rivoli et le quai du Louvre.

Charles Berbérian apportera une note poétique en réalisant la longue fresque qui habille les palissades enveloppant la zone de chantier du magasin 4  rue de Rivoli, rue de la Monnaie et rue de l’Arbre sec.

L’ancien grand magasin parisien prépare sa mue avec un palace sur le quai du Louvre. Une nouvelle Samaritaine, rue de Rivoli, avec sortie rue de la Monnaie, ainsi que des restaurants, des bureaux, des logements sociaux et une crèche.

Les travaux ont repris côté Seine. (photo: 2016)

Les travaux ont repris côté rue de Rivoli.

Un grain de sable s’était glissé dans les rouages en 2014, stoppant le chantier. Le permis de construire du projet des Japonais Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa concernant le magasin 4 sur la rue de Rivoli avec sa façade prévue en verre ondulé était annulé.

Le projet de rénovation de la Samaritaine conçu par l’agence japonaise Sanaa a finalement été validé le vendredi 19 juin 2015 par le Conseil d’État. Nous devrions, si les délais sont tenus, découvrir une nouvelle expérience shopping fin 2018 sous l’enseigne de la Samaritaine.

Remontons le temps

Les bains de La Samaritaine près du Pont-Neuf

Après de mauvaises expériences commerciales, Ernest Cognacq a vendu des tissus sous un parapluie sur le Pont-Neuf, du côté de l’ancienne pompe de la Samaritaine. En 1870, il s’installait dans une boutique, à l’angle de la rue du Pont-Neuf et de la rue de la Monnaie.
La Samaritaine venait de naître. Elle allait se remodeler sans cesse au fur et à mesure des acquisitions de terrains et d’immeubles sans que jamais la vente ne soit interrompue. En 1872, il épousait Marie-Louise Jay qui était première vendeuse au Bon Marché.
Entre le quai de la Seine et la rue de Rivoli, de 1888 aux années trente, la construction de ses quatre bâtiments et leurs agrandissements vont remodeler le quartier sans jamais arrêter les ventes. Ses architectes créèrent des façades décalées, aux décors exubérants en céramique polychrome.

Façade polychrome du magasin 2, en 2013

Des accès seront aménagés en sous-sol avec la station de métro Pont-Neuf (ouverte en 1926), et avec le parking Saint-Germain-l’Auxerrois. Les quatre bâtiments communiquaient dans les étages par des passerelles et par des couloirs en sous-sol, au fur et à mesure des aménagements, dans les années 1910 puis 1920. On allait d’un magasin à l’autre sans connaître les désagréments de la rue, ce qui n’est plus possible aujourd’hui. Les magasins 1 et 3 accueillent de nouvelles enseignes commerciales. Les sous-sols et les étages ont été déconnectés, dès ces nouvelles installations.

Publicité de 1931 recto

Publicité 1931 verso

Avec ses quatre bâtiments, ses entrepôts, son magasin de luxe inauguré en 1917 boulevard des Capucines et son musée, la Samaritaine a employé jusqu’à 20 000 personnes. Un encadrement social complet était mis en place avec la Fondation Cognacq-Jay qui s’assurait de la disponibilité du personnel en offrant logements, nurserie, colonies de vacances, cantine, activités sportives, soins médicaux, primes, participation puis retraite. A partir de 1921, un prix fut décerné pour récompenser une familles nombreuse de plus de 5 enfants. Il fallait repeupler la France. Le couple n’avait pas d’enfant. Ernest est décédé en 1928 et son épouse en 1925. Leur neveu Gabriel a pris la suite et géré la construction des bâtiments 3 (1930) et 4 (1932-1934).

2010, les travaux de conservation et restauration étaient à l’étude. Malgré La Force, Henri IV transformé en Jedi veillait avec son sabre Laser. Mais il n’a pas pu intervenir contre l’Empire LVMH.

Pour en savoir davantage, nous vous recommandons la lecture de :

La Samaritaine Paris, sous la direction de Jean-François Cabestan et de Hubert Lempereur (format 24x24cm; édition Picard, Paris, 2015)

 

 

La Samaritaine, nous qui l’avons fréquenté, nous ne pouvons pas l’évoquer sans une certaine émotion :

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