Association du patrimoine

Descente dans la Carrière des Capucins pour voir la ville à l’envers

L'escalier qui mène à la carrière

L’escalier d’accès à la Carrière des Capucins

Janvier 2017. Les Nautes de Paris ont commencé l’année sous la conduite de Gilles Thomas spécialiste du Paris souterrain en descendant dans la carrière des Capucins. Situées sous l’hôpital Cochin entre la rue du faubourg Saint-Jacques, le boulevard de Port-Royal et la rue de la Santé.

La SEADACC société d’étude et d’aménagement des anciennes carrières des Capucins veille, dégage chemins d’accès et puits bouchés, remet en lumière des pages de notre histoire.

Protégées au titre des Monument Historique depuis 1999, ces carrières possèdent toutes les sortes de consolidations qui ont été mises en place au fil du temps. De rares visites sont proposées par des membres de l’association car la carrière ne peut pas être ouverte au public.

Dans les galeries de servitude, pour se repérer sous terre on a d'abord reporté les numéros de surface surmontés d'une fleur de lys, ici n°270. Les fleurs de lys devaient disparaître à la révolution. Le travail de l'association a permis de la découvrir intacte.

Dans les galeries de servitude, pour se repérer sous terre on a d’abord reporté les numéros de surface surmontés d’une fleur de lys, ici n°270. Les fleurs de lys devaient disparaître à la Révolution. Le travail de l’association a permis de la découvrir intacte.

Depuis le Moyen-Âge les propriétaires de terrain ont très tôt exploité leur sous-sol extrayant selon les endroits et les zones géologiques du gypse, des blocs de calcaire, des graviers, du sable, de la marne, ou encore de l’argile. Pour stabiliser les sols,  des carrières ont été effondrées, foudroyées, remblayées afin de permettre de bâtir.

Des plaques de différentes époques ont été réunies

Vues sur le parcours, ces plaques de localisation et d’identification de piliers, datant du XVIIIe siècle

Ce qui s’est fait sous le Val de Grâce (1645), sous le monastère des Capucins (1653), sous l’Observatoire (1672);

Et, se fait toujours afin de permettre de nouvelles constructions.

 

Mais quelques vides d’anciennes exploitations de pierre à bâtir reliés entre eux par un réseau de galeries d’inspection subsistent. Ainsi plus de 280 kms de galeries ont été architecturés et cartographiés, avec l’indication des fontis pouvant se réactiver sur les plans.

Un effondrement marqua la prise de poste d’Axel Guillaumot qui va ainsi devenir le premier titulaire du poste d’Inspecteur des carrières de 1777 à 1807. Il succédait à un mathématicien Antoine Dupont qui avait fait les premiers relevés et les premiers travaux de maçonnerie afin de mettre en sécurité des sections de carrière risquant de s’effondrer. Il va faire édifier des piliers de renfort à l’aplomb des bâtiments au droit des murs porteurs sur rue.

La société d'étude et d'aménagement des anciennes carrières des Capucins veille, entretient.

Les membres de l’association, la Société d’étude et d’aménagement des anciennes carrières des Capucins veillent, entretiennent, mettent en valeur.

La création de l’inspection des carrières en 1777 eut pour but  la consolidation du sous-sol. Les accidents étaient fréquents. L’abbé Cochin pour porter secours rapidement aux ouvriers accidentés dans les souterrains du faubourg Saint-Jacques a mis en place l’hospice qui deviendra l’hôpital Cochin. Dès 1780, soutenu par la charité de paroissiens fortunés, il fit l’acquisition des premières maisons qui seront les premiers pavillons de l’Hôpital.

L'hôpital Cochin devint vite généraliste et chaque bâtiment portent sur la rue du faubourg Saint-Jacques son ancienne appellation

L’hôpital Cochin devint vite généraliste et chaque bâtiment, sur la rue du faubourg Saint-Jacques, porte encore son ancienne affectation.

Nous avons eu la chance de pénétrer dans cet univers qui fascine, passionne ou effraie selon le degré de croyances de chacun dans les forces occultes.

 Une galerie consolidée par l'association

Une galerie consolidée avec un début d’effondrement stabilisé

Ainsi que nous l’a rappelé notre guide, les feuilletons télévisés des années soixante, Belphégor (1ère chaîne, N&B, 1965, 4 épisodes) ou les compagnons de Baal (2e chaîne en N&B, 1968, 7 épisodes) ont entretenus l’image que le grand public se fait d’un univers sombre où se réunissent des sociétés secrètes. Il est certain que la visite de l’ossuaire des Catacombes (Denfert-Rochereau) trouble les esprits et perturbe la compréhension de ses visiteurs qui ont pu lire cette indication « Arrête ! C’est ici l’empire de la mort ».

Gilles Thomas nous montre le geste du Carrier

Gilles Thomas nous montre le geste du carrier.

Une confusion s’est créée entre les carrières et les catacombes qui reçurent les ossements des morts des cimetières intra-muros progressivement supprimés aux abords des églises et réunis hors de la ville.

Les premiers ossements du cimetière des Saints-Innocents ont été transférés, à partir de 1785, dans les carrières de la Tombe-Issoire, alors situées dans le petit Montrouge, hors de Paris. Elles prendront le nom de Catacombes en référence à la Rome antique où les premiers chrétiens étaient enterrés. Le départ du cimetière des Saints-Innocents a permis l’aménagement des premières Halles.

Les tranches de travaux ont été codifiés par l'inspecteur Guillaumont de la manière suivante (numéro d'ordre/ initiale de l'inspecteur/ année de réalisation).

Les tranches de travaux ont été codifiées par l’inspecteur Guillaumot de la manière suivante (numéro d’ordre/ initiale de l’inspecteur/ année de réalisation).

La mission de l’inspection des carrières s’est poursuivie sans relâche et ne s’est jamais interrompue. Ni sous la Révolution, ni aux autres périodes : 1830, 1848, guerre de 1870, la Commune 1871.

Une voierie praticable à pied a été mise en place dès la fin du XIXe siècle ; une voierie de servitude ouverte à l’aplomb des rues. Des anciennes exploitations souterraines de calcaire subsistent des vides comme sur la zone que nous avons visitée. La cartographie du sous-sol s’est affinée et permet de suivre l’évolution du ciel de carrière au fil du temps.

Fontaine des Capucins permettant de surveiller le niveau des eaux grâce à son échelle graduée, édifiée en 1819 par Trémery.

Fontaine des Capucins permettant de surveiller le niveau des eaux grâce à son échelle graduée. Elle a été édifiée vers 1815 sous l’inspectorat de Héricart de Thury qui aménagea les Catacombes.

Alain Clément président fondateur de la SEADACC a créé un écomusée qui permet de mieux comprendre le lieu.

L’histoire de Paris est inscrite dans ses sous-sols. Ses anciens monuments, ses anciennes rues, la vie de la cité y est imprimé et a laissé ses empreintes dans les carrières souterraines de la capitale.

 

Pour en savoir plus :
Les Catacombes, Histoire du Paris souterrain de Gilles Thomas (édition Le Passage, 2015 ; prix Eve Delacroix de l’Académie française pour 2016)

Atlas du Paris souterrain ; sous la direction d’Alain Clément et Gilles Thomas, (Parigramme, nouvelle édition réactualisée 2016, la première édition 2001 avait obtenu le prix Haussmann en 2002)

420 Abris Parigramme

 

En préparation : Abris souterrains de Paris, Gilles Thomas (Parigramme, 2017), les carrières ont elles aussi servi d’abris. Nous en reparlerons à la sortie de cet ouvrage.

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