Vie parisienne

Claude Dubois, 2e partie : Le Jazz – Saint-Michel/Saint-Germain

Né à Rambuteau son Paris ne va pas au-delà les premiers arrondissements. Elève doué, il passe par le lycée Charlemagne et choisira d’étudier la philo. Les femmes le fascinent hier comme aujourd’hui. La musique est elle aussi bien présente dans son parcours, Jazz, musette mais aussi chanteurs parisiens. Avec lui nous découvrons autrement Paris.

Le Jazz

J’ai beaucoup aimé le jazz de la Nouvelle Orléans. Je suis allé salle Pleyel écouter le tromboniste Kid Ory… Sydney Bechet était une immense vedette. J’étais à Antibes lors de son mariage avec Elisabeth Ziegler, le 17 août 1951. Il y avait de nombreux musiciens de jazz venus de Juan les Pins avec leurs orchestres et aussi Mistinguett le témoin. En 52, c’est l’année de « Petite fleur ». Il est passé au Vieux Colombier, à l’Alhambra ; il a joué dans des films. En 54, il est à l’Olympia, mais, comme il n’y a plus de place, ma mère prend des billets pour Lionel Hampton que je ne connais pas. Et là c’est une découverte… ça dansait dans la salle où on lançait des serpentins… Il sautait sur les percussions… Une vedette… Après, Il y a eu Armstrong et aussi Miles Davis… Monk… On écoutait davantage la radio, des émissions comme « pour ceux qui aiment le Jazz » sur Europe 1, avec Franck Ténot et Daniel Filipacchi.

Deux des ouvrages de Claude Dubois.

Deux des ouvrages de Claude Dubois.

L’accordéon, j’avais rien contre, mais je l’ai découvert beaucoup plus tard au Balajo, au début des années quatre-vingt… La rue de Lappe ; j’en ai toujours entendu parler, avant-guerre, mon père allait au bordel en face. Un de ses amis parlait de Bousca, j’avais beaucoup entendu parler de la « rue des Auvergnats ». Avec des copains étudiants, nous y sommes allés manger. Mais, nous n’avons pas eu l’idée d’aller au Balajo… C’était pas notre quartier. Je crois qu’une fois, nous y avons jeté un œil en passant, mais nous ne sommes jamais allés au-delà de l’entrée. Nous allions au Boul’Mich.

Saint-Michel/Saint-Germain

En 1958, nous avons vu le film Les Tricheurs de Marcel Carné. On sortait en bandes l’après-midi à Saint-Michel. J’allais dans des caves, moins connues que le Tabou, en face de Polytechnique, rue Descartes. Saint-Michel, c’était la porte d’entrée à Saint-Germain. En 59,60, 61, à Paris, nous les jeunes nous nous retrouvions en groupes. Notre groupe se réunissait le jeudi et le dimanche et je crois aussi le samedi, on retrouvait les copains du groupe qui avait des adresses pour aller à des booms ; c’était mieux de venir avec une fille… on prenait un taxi pour aller à l’adresse donnée, souvent un appartement ou l’organisateur nous recevait…

Au Caveau de la Montagne, 18 rue Descartes… j’y ai entendu pour la première fois le mot zonard. J’ai discuté avec ces zonards. Comme nous mettions nos vêtements en pile, les uns sur les autres, nous nous sommes rendu compte qu’ils faisaient les poches. On passait des disques sur un Teppaze. On payait 0,50 francs pour entrer. Il y avait des gas qui dansaient bien ! C’était petit… on dansait en ligne, il ne fallait pas envoyer notre cavalière à l’autre bout de la salle. Ceux qui fréquentaient Saint-Michel détestaient ceux du Golf, ils disaient que ceux qui fréquentaient le Golf étaient des ploucs, des coiffeurs. C’était l’époque où on crêpait les cheveux pour leur donner du volume.

 

Claude Dubois un narrateur passionné.

Claude Dubois un narrateur passionné.

La Chanson
J’aime Maurice Chevalier, Fréhel, Mouloudji… Montand quand il chante les boulevards, mais son accent me dérange un peu… A l’époque de Chevalier, tout le monde voulait chanter comme lui… Dans un livre, j’ai des lettres de Gabin qui dit à son père : « ça y est je chante comme Chevalier ».

J’ai découvert Perchicot quand il parle de Girardengo un cycliste italien des six jours dans les années vingt. Il avait été lui-même champion cycliste sur piste. Je suis allé au Vel d’Hiv. J’ai des textes de Marc Orlan sur l’importance du Vel d’Hiv. On a fait un Vel d’Hiv provisoire, à la porte de Versailles, puis à Bercy.

A quinze jours du Tour de France, silence radio, aujourd’hui personne n’en parle… En fait, tout est prévisible, il n’y a plus de vrai suspens comme en 1956, le tour avait été remporté par Roger Walkowiak, qui s’en souvient… Je parle de ferveur populaire, mais je n’aime pas trop la foule… J’ai ce côté « Paris mais, chez moi ». Je suis allé au Palais des Sports, pour la première manifestation d’athlétisme « indoor ». J’ai vu la revanche du boxeur Charron contre Villemain en catch, en 1957. On avait surnommé Charron qui s’était battu contre Cerdan, l’enfant terrible de la boxe et du catch.

J’étais de famille modeste, il n’y avait pas de livres et mes lectures étaient le Parisien libéré, le Miroir des Sports et Miroir-Sprint ce qui explique que je me sois passionné pour le sport.

 

Photos : Dominique Germond

A voir également :

1ère partie : Son Paris, l’enfance, les femmes et une vidéo

3e partie : Le Balajo, L’argot, Sa nostalgie

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