Association du patrimoine

A propos du 25 rue du Jour, l’adresse du musée du Barreau de Paris

L’ancien chemin de ronde intérieur de l’enceinte du XIIe siècle de Philippe-Auguste passait entre la rue du Jour qui abrite le musée du Barreau de Paris et la rue Jean-Jacques-Rousseau (ancienne rue plâtrière).

Remontons le temps, le quartier ne s’appelait pas encore Saint-Eustache.

Plan de 1860 avec le tracé du mur de Philippe Auguste

En 1213, le marchand Jean Allais prélevait un denier sur chaque panier de poissons vendus aux Halles, un impôt autorisé par Philippe Auguste car il aurait prêté au roi une grosse somme d’argent. Le commerçant enrichi pour expier cette taxe qui générait un tel profit avait fait construire à la pointe Sainte-Eustache, à l’angle du chemin de Montmartre une chapelle dédiée à Sainte Agnès.

Vers 1223, la chapelle reçut une relique de Saint-Eustache en provenance de Saint-Denis. Elle sera régulièrement agrandie. Au XVIe siècle, la construction de l’église Saint-Eustache commence. La première pierre est posée sous François 1er, le 19 août 1532. Le roi fait donner 10 000 livres par le prévôt de Paris Jean de la Barre. La nouvelle église sera consacrée par Jean-François de Gondi, en 1627. Au 25 rue du Jour habitera un de ses marguillier et la cure y sera installée, ainsi que la maîtrise.

La rue Jean Le Mire deviendra rue du Séjour du Roi

Rue du Séjour du Roi indiquée sur le plan

En 1370, Charles V dit Charles le Sage, entre le mur de Philippe-Auguste et le chemin qui conduisait à Montmartre, rue Montmartre non loin du Louvre, s’était fait construire un séjour sur un lot de maisons de bois et de torchis (pas moins de 6 pignons) appartenant à Jean et Nicolas Le Mire (nous avons en 1313, un pelletier Jean Le Mire possédant des propriétés et habitations quartier Saint-Eustache). Plus tard de 1416 à 1424, on trouve un Jean Le Mire, docteur en médecine et chauffe-cire à la Chancellerie. Jean Le Mire donna son nom à la rue (anciennement Raoul Rissolle) devenue par la suite rue du Séjour du Roi, et enfin rue du Jour.

Le Séjour du Roi voulu par Charles V comprenait des logis, granges, écuries, manège, jardins et puits le long du mur de Philippe-Auguste. A cette époque, il faisait assainir les Marais qui seront transformés par la corporation des jardiniers, devenant le quartier des maraîchers et plus tard le Marais. Hugues Aubriot construisait rue Montmartre, le premier égout vouté et maçonné qui rejoignait le ruisseau de Ménilmontant, en 1370. A la mort du Roi (1380), le séjour fut abandonné et tomba en ruines.

Les propriétaires se succèdent 25 rue du jour

Parcellaire de la rue du Jour

En 1474, Louis XI revendit les vestiges de cette propriété royale abandonnée à un conseiller du Parlement de Paris, Pierre Morin pour 200 livres, soit une rente à verser de 16 livres 13 deniers. Celui-ci entreprit des travaux de restauration, mais les laissa inachevés à sa mort par manque de moyens.

Façade sur cour 1902

En ce qui concerne la maison correspondant au n°25, elle comprenait deux corps de bâtiments avec en fond de cour l’actuel n°25, et en bordure de rue le n°27 qui sera détruit par la suite.

On retrouve comme propriétaire la famille Boissolet, au XVe et au XVIe siècles. A l’exception en 1489, de mademoiselle D’Esterlan propriétaire d’un immeuble réunissant les 25 et 27. En 1568, Pierre de Caen achète à Guillaume Boisselet le quart d’une maison contenant trois corps d’hôtels. Trois ans plus tard, il se fait adjuger les trois autres quarts de la maison. Les futurs 25 et 27 seront alors séparés durant 70 ans.

Le corps de logis sur cour a appartenu à Jean Magdelens receveur de l’abbaye de Royaumont. En 1316, l’abbaye acquérait par un échange un hôtel à côté de l’église Saint-Eustache, 4 rue du Jour, pour héberger les moines que les affaires de l’ordre appelaient à Paris. Dix ans plus tard, d’autres acquisitions seront faites rue du Jour.

L’escalier renaissance

Au XVIe siècle vers 1540, Claude Aymier Boissolet, qui s’en était rendu acquéreur, réalisa une construction neuve et solide dans l’esprit de la Renaissance.

Il y habitait en 1565. En effet, il apporta un soin particulier à la solidité du bâtiment.

Son grand-père Simon Aymier, échevin de Paris avait fait construire le pont Notre-Dame qui s’était écroulé en 1499. Il avait été arrêté et condamné à une très forte amende qu’il n’avait pas pu payer. Il mourut en prison.

 

Familles de La Porte et Anjorrant

 

Monogramme d’Anne et Philippe de La Porte

25 septembre 1641, Antoine de La Porte marchand de poissons frais, secs et salés, rue Montorgueil, quartinier à la ville de Paris, spécialiste des questions financières l’achète. Il sera Marguillier de Saint- Eustache. Il est ainsi propriétaire de l’ensemble mitoyen du mur de Philippe Auguste.

Il avait également acquis trois maisons mitoyennes, une grande maison rue Montmartre avec façade sur jardin qui subsiste en 1659 ; une maison rue Plâtrière au droit de la rue du Jour en 1653, et une petite maison au 29 rue du Jour.

Vont s’y succéder Jean de La Porte, conseiller au châtelet, Philippe de La Porte, conseiller à la Cour des Comptes, qui épousa Anne Picques, fille d’un conseiller du Roi. Leur monogramme figure sur l’imposte en fer forgé de la porte. On le retrouve gravé sur deux palmes.

La façade de l’hôtel, la décoration du grand escalier de 3 étages avec sa rampe en pierre jusqu’au 1er puis en bois, le plafond d’un ancien salon au premier qui datent du XVIIe siècle sont inscrits à l’inventaire des Monuments historiques, depuis 1926.

25 rue du jour sur un parcellaire avant 1860

Philippe de La Porte maria sa fille Anne-Françoise à Claude Anjorrant, conseiller au parlement. Le couple s’installa au 25, rue du Jour. Ils occupaient le premier étage en fond de cour et son aile.

Antoine de La Porte est mort à 90 ans, en 1697, dans sa maison de la rue Montmartre.

En 1699 partage et succession démembrent l’ensemble constitué par Antoine de La Porte et l’hôtel continue à être transformé par la famille au fil du temps. En 1716, l’inventaire de Philippe de La Porte indique qu’il hérita de l’immeuble en fond de cour n°25, de la maison de la rue Montmartre, d’un petit immeuble numéroté 29.

Sa sœur qui était l’épouse de Dubois de Courcière due se contenter du logis en façade, rue du Jour au n°27, qui disparaîtra en 1895 car frappé d’alignement, dès le 4 avril 1860.

Jacques Philippe de La Porte sans héritier, Maître à la cour des comptes, légua à sa mort les actuels 25 et 29 rue du Jour à Basile Anjorrant, conseiller au parlement. Celui-ci les loua. En 1741, Claude-François Lebrun, procureur à la Chambre des Comptes, avait loué le premier étage de l’ancien hôtel de La Porte.

Au décès de Basile Anjorrant, sa fille Renée, épouse d’André Dufour écuyer, hérita de la grande maison de la rue du Jour n°25 et Marie, épouse d’Antoine de Beaurains, seigneur de Montmort, reçu la petite maison au n°29. L’hôtel loué à un sieur d’Usilly était devenu un hôtel garni, l’hôtel de Lambesc. Le n°27 qui comprenait une porte cochère, une cuisine servant de logement pour un portier, une cave un entresol et trois étages de chambres avec grenier était, également, loué afin de compléter l’hôtel de Lambesc.

Carte expédiée le 2 août 1907

Au XVIIIe siècle le 24 décembre 1779, abandonnant l’hôtel donné à bail au procureur à la Chambre des Comptes, les Dufour vendirent l’ancien hôtel de La Porte à Jean-Baptiste Dujardin, avocat rue Montmartre.

Il sera cédé en 1787 à un traiteur Urbain Chevrier, puis à un notaire Louis-Claude-Charles Laisné décédé en 1821.

Il est adjugé en 1845 à Jules Froger-Deschênes notaire rue Richelieu.

A la fin du XIXe siècle, il appartenait à Charles-François Augustin.

En 1902, l’hôtel se délabre, son état alerte la commission du Vieux Paris, créée en 1896. Fin XIXe début XXe siècle, Eugène Atget photographie l’escalier, la façade de l’hôtel de La Porte et les référencent comme étant la Maison de la maîtrise de Saint-Eustache. Il faut se souvenir qu’en 1855, pour l’Exposition universelle, Hector Berlioz fit interpréter, à Saint-Eustache, son Te Deum par 950 exécutants : 160 instrumentistes, 3 chœurs dont un de 600 d’enfants (Berlioz indiqua 800 enfants dans une lettre à Litz) et l’orgue à distance « qui dialoguait avec l’orchestre ». Ce qui devait rester dans les mémoires.

A la même époque, Les établissements Delorme, qui donnent sur la rue, louent des voitures à bras aux marchands des Halles.

La proximité des Halles explique une succession de commerces liés au ventre de Paris. On y signale, encore en 1939, une boucherie en gros sur rue, et dans la cour un repasseur, les caves servant pour entreposer les marchandises. Cette corporation restera très présente, rue du Jour, jusqu’au départ des Halles à Rungis, en mars 1969. Le Bottin professionnel de 1968 atteste, toujours, de la présence d’une boucherie au n°25.

Boucherie en gros et repasseur inscrit au Bottin de 1939

Le musée du Barreau de Paris s’installe 25, rue du Jour

25 rue du Jour

En 1979, la Carpa en fait l’acquisition et le Barreau de Paris en devient le propriétaire.

1980-1981, l’immeuble va être entièrement restauré par l’architecte Jean Jacques Fernier, notamment les caves voutées qui abritent le musée. L’impasse est fermée par une grille. Le musée du Barreau de Paris a été inauguré en 1983.

Dès 1909, une commission des recherches historiques, nommée par le conseil de l’Ordre, a été chargée de gérer le patrimoine culturel de l’Ordre. Elle dispose de ressources financières allouées par le Conseil de l’Ordre et les Amis du Musée.

En 2013, La commission renait sous l’impulsion de l’avocat et écrivain Emmanuel Pierrat nommé conservateur et successeur de l’avocat et écrivain François Gibault, nommé conservateur honoraire. Il s’appuie dans cette tâche sur la directrice du musée Cindy Geraci. Le musée s’ouvre au grand public, propose des expositions et des conférences.

La Société des Amis du Musée du Barreau de Paris a pour objet de contribuer au développement et à la promotion du Musée du Barreau de Paris en France et dans le Monde (J.O. du 9 mars 2013).
Elle participe à l’acquisition d’objets d’art et de collection, et de manuscrits en relation avec la Justice et l’histoire des Avocats ainsi qu’à l’organisation des différents événements.
2017, composition du Bureau :
Président : Me Louis Degos, Avocat au Barreau de Paris, Ancien Membre du Conseil de l’Ordre, Membre du Conseil National des Barreaux.
Secrétaire : Dr Aurélia Chevalier, Restauratrice du Patrimoine.
Trésorière : Me My-Kim Yang-Paya, Avocate au Barreau de Paris, Membre du Conseil de l’Ordre.

Adresse : 25 rue du Jour 75001 Paris. Ce musée privé est ouvert samedis et dimanches de 10h à17h (prix 12 euros), visite de groupe uniquement sur réservation préalable (10 personnes 150 euros), en français ou en Anglais (supplément 50 euros par visite). Tél : 01 44 32 47 48 ou www.museedubarreaudeparis.com.

Sources :

Paris au Moyen-Age, les Parisiens, XIIIe XVe siècles : http://parismoyenage.fr/parisiens/nom_p.php?search=Le+Mire&nom=Le%A3Mire&prenom=Jean

Communication de Michel Le Moël pour la commission du Vieux Paris, 2 juillet 1879

Hôtel de La Porte, 1641-1982, Jean-François Le Petit, administrateur de la CARPA

Monuments historiques, réf. PA00085835, protection du 9 janvier 1926, mise à jour 13 octobre 2015

 

 

 

A suivre vidéo à propos de l’histoire du 25 rue du Jour

 

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